‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 73 sur 305 · MITHRIDATE, PHARNACE, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, PHARNACE, XIPHARÈS

MiTHRIDATE.

Approchez, mes enfants. Enfin l'heure est venue Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue. A mes nobles projets je vois tout conspirer. 11 ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

Je fuis, ainsi le veut la Fortune ennemie. Mais vous savez trop bien l'histoire de ma vie Pour croire que longtemps, soigneux de me cacher, J'attende en ces déserts qu'on me vienne chercher. La guerre a ses faveurs ainsi que ses disgrâces. Déjà plus d'une fois retournant sur mes traces. Tandis que l'ennemi, par ma fuite trompé, Tenait après son char un vain peuple occupé, Et, gravant en airain ses frêles avantages, De mes Etats conquis enchaînait les images. Le Bosphore m'a vu, par de nouveaux apprêts, Ramener la terreur du fond de ses marais. Et, chassant les Romains de l'Asie étonnée. Renverser en un jour l'ouvrage d'une année. D'autres temps, d'autres soins. L'Orient accablé Ne peut plus soutenir leur effort redoublé. Il voit plus que jamais ses campagnes couvertes De Romains que la guerre enrichit de nos pertes. Des biens des nations ravisseurs altérés, Le bruit de nos trésors les a tous attirés : Ils y courent en foule, et, jaloux l'un de l'autre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre. Moi seul je leur résiste. Ou lassés ou soumis, Ma funeste amitié pèse à tous mes amis.

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