ACTE IV, SCENE U
Malgré lui le forçait à vous quitter demain.
Ce seul dessein l'occupe, et, hâtant son voyage,
Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage.
Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats.
Et partout Xipharès accompagne ses pas.
D'un rival en fureur est-ce là la conduite ?
Et voit-on ses discours démentis par la suite ?
MONIME
Pharnace cependant, par son ordre arrêté, Trouve en lui d'un rival toute la dureté. Phœdime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce ?
Phœdime.
C'est l'ami des Romains qu'il punit en Pharnace, L'amour a peu de part à ses justes soupçons.
MONIME
Autant que je le puis je cède à tes raisons. Elles calment un peu l'ennui qui me dévore. Mais pourtant Xipharès ne paraît point encore.
Phœdime.
Vaine erreur des amants, qui, pleins de leurs désirs. Voudraient que tout cédât au soin de leurs plaisirs ; Qui, prêts à s'irriter contre le moindre obstacle...
MONIME
Ma Phœdime, et qui peut concevoir ce miracle ? Après deux ans d'ennuis, dont tu sais tout le poids, Quoi ! je puis respirer pour la première fois ? Quoi, cher Prince I avec toi je me verrais unie? Et, loin que ma tendresse eût exposé ta vie. Tu verrais ton devoir, je verrais ma vertu, Approuver un amour si longtemps combattu ? Je pourrais tous les jours t'assurer que je t'aime ! Que ne viens-tu ?...