‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 94 sur 305 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MONIME, PHOEDIME, ARCAS.

MONIME

En est-ce fait, Arcas ? Et le cniel Pharnace...

Arcas.

Ne me demandez rien de tout ce qui se passe, Madame. On m'a chargé d'un plus funeste emploi, Et ce poison vous dit la volonté du roi.

Phœdime.

Malheureuse princesse !

MONIME

Ah ! quel comble de joie I Donnez. Dites, Arcas, au roi qui me l'envoie Que, de tous les présents que m'a fait* sa bonté, Je reçois le plus cher et le plus souhaité. A la Gn je respire ; et le Ciel me délivre Des secours importuns qui me forçaient de vivre. Maîtresse de moi-même, il veut bien qu'une fois Je puisse de mon sort disposer à mon choix.

Phœdime.

Hélas 1

MONIME

Retien' tes cris, et, par d'indignes larmes. De cet heureux moment ne trouble point les charmes. Si tu m'aimais, Phœdime, il fallait me pleurer Quand d'un titre funeste on me vint honorer, Et lorsque, m'arrachant du doux sein de la Grèce, Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse. Retourne maintenant chez ces peuples heureux ; Et, si mon nom encor s'est conservé chez eux. Dis-leur ce que tu vois, et de toute ma gloire, Phœdime, conte-leur la malheureuse histoire. Et toi, qui de ce cœur, dont tu fus adoré,

1. Fait est bien imprimé sans s, et nous l'avons maintenu ainsi, parce que l'on trouve, à cette époque, de fréquents exemples de participes non accordés.

2. Retien est imprimé sans s. On faisait autrefois la différence de l'impératif à l'indicatif en supprimant, dans toutes les conjugaisons Vs que nous ne supprimons plus maintenant que dans la première.

Par un jaloux destin fus toujours séparé, Héros avec qui, même en terminant ma vie, Je n'ose en un tombeau demander d'être unie, Reçoi * ce sacrifice, et puisse en ce moment Ce poison expier le sang de mon amant !

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