ACTE V, SCÈNE V
Jugez de quelle horreur cette joie est suivie. Son bras aux pieds du roi l'allait jeter sans vie- Mais on court, on s'oppose à son emportement. Le roi m'a regardé dans ce triste moment, Et m'a dit d'une voix qu'il poussait avec peine « S'il en est temps encor, cours, et sauve la reine, » Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharès, J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'étais, ma frayeur et mon zèle M'ont donné pour courir une force nouvelle ; Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux.
MONIME
Ah ! que, de tant d'horreurs justement étonnée, Je plains de ce grand roi la triste destinée ! Hélas ! Et plût aux dieux qu'à son sort inhumain Moi-même j'eusse pu ne point prêter la main, Et que, simple témoin du malheur qui l'accable, Je le puisse pleurer sans en être coupable I Il vient. Quel nouveau trouble excite en mes esprits Le sang du père, ô Ciel, et les larmes du fils ï