‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 13 sur 192 · D AL IL A , S A M S O N · texte numérisé non relu

D AL IL A , S A M S O N

Chœur des Prêtresses de Vénus, revenant fur

la fiène.

P LAISIRS flatteurs, amollifez fon ame,

Songes charmans , enchantez fon fommeil.

Filles de Gaza.

Tendre Amour,éclaire fon réveil, Mets dans nos yeux ton pouvoir & ta flamme,

DALILA

Vénus, infpire-nous , préfide à ce beau jour.

ElVce là ce cruel, ce vainqueur homicide ?

Vénus, il femble né pour embellir ta cour.

Armé, c’eft le dieu Mars ; désarmé , c’eft l’Amour.

Mon cœur, mon faible cœur devant lui s’intimide.

Enchaînons de fleurs

Ce guerrier terrible ;

Que ce cœur farouche, invincible.

Se rende à tes douceurs.

Chœur.

Enchaînons de fleurs

Ce héros terrible

S A M S O N fi réveille entouré des filles de Ga^a. Où fuis-je? en quels climats me vois-je tranfporté

Théâtre. Tome IX. J B

Quels doux concerts fe font-entendre !

Quels raviffans objets viennent de me furprendre ! Eft-ce ici le féjour de la félicité ?

D A L I L A J Sam fon.

Du charmant Adonis nous célébrons la fête;

L’Amour en ordonna les jeux:

C’eft F Amour qui les apprête :

Puiffent-ils mériter un regard de vos yeux !

S A M SON

Quel eft cet Adonis dont votre voix aimable

Fait-retenrir ce beau féjour ?

C’était un héros indomptable,

Qui fut aimé de la mère d'Amour.

Nous chantons tous les ans cette aimable aventure»

Parlez, vous allez m’enchanter:

Les vents viennent de s’arrêter.

Ces forêts, ces oileaux & toute la nature

Se taifentpour vous écouter.

D A LIL A fe met à côté de Samfon. Le Chœur fe range

autour d'eux. Dalila chante cette cantatille, accompa-

gnée de peu d'infrumens, qui font fur le théâtre. Vénus dans nos climats fouvent daigne fe rendre ;

C'eft dans nos bois qu’on vient apprendre De fon culte charmant tous les fecrets divins. Ce fut près de cette onde , en ces rians jardins, Que Vénus enchanta le plus beau des humains; Alors tout fut he ureux dans une paix profonde ; Tout l’univers aima dans le fein du loifir.

Vénus donnait au monde

L’exemple du plaifir.

SAMSON Quefes traits ont d’appas ! que fa voix m'intéresfe! Que je fuis étonné de fentir la tendrefe !

De quel poifon charmant je me fens pénétré !

Sans Vénus, fans l’Amour, qu’aurait-il pu prétendre ?

Dans nos bois il eft adoré.

Quand il fut redoutable, il était ignoré ;

il devint Dieu dès qu’il fut tendre.

Depuis cet heureux jour

Ces prés , cette onde, cet ombrage

Infpirent le plus tendre amour

Au cœur le plus fauvage.

SAMSON

O Ciel, ô troubles inconnus !

J’étais ce cœur fauvage, & je ne le fuis plus. Je fuis changé ; j’éprouve une flamme naiflante.

( à DaülaJ)

Ah/s’il était une Vénus,

Si des Amours cette reine charmante Aux mortels en effet pouvait fe préfenter.

Je vous prendrais pour elle, & croirais la flatter.

Je pourrais de Vénus imiter la tendrefe.

Heureux qui peut brûler des feux qu’elle a fentis

B ij Mais j’euffe aimé peut-être un autre qu’Adonis ;

Si j’avais été la déefe.

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