D AL IL A , S A M S O N
Chœur des Prêtresses de Vénus, revenant fur
la fiène.
P LAISIRS flatteurs, amollifez fon ame,
Songes charmans , enchantez fon fommeil.
Filles de Gaza.
Tendre Amour,éclaire fon réveil, Mets dans nos yeux ton pouvoir & ta flamme,
DALILA
Vénus, infpire-nous , préfide à ce beau jour.
ElVce là ce cruel, ce vainqueur homicide ?
Vénus, il femble né pour embellir ta cour.
Armé, c’eft le dieu Mars ; désarmé , c’eft l’Amour.
Mon cœur, mon faible cœur devant lui s’intimide.
Enchaînons de fleurs
Ce guerrier terrible ;
Que ce cœur farouche, invincible.
Se rende à tes douceurs.
Chœur.
Enchaînons de fleurs
Ce héros terrible
S A M S O N fi réveille entouré des filles de Ga^a. Où fuis-je? en quels climats me vois-je tranfporté
Théâtre. Tome IX. J B
Quels doux concerts fe font-entendre !
Quels raviffans objets viennent de me furprendre ! Eft-ce ici le féjour de la félicité ?
D A L I L A J Sam fon.
Du charmant Adonis nous célébrons la fête;
L’Amour en ordonna les jeux:
C’eft F Amour qui les apprête :
Puiffent-ils mériter un regard de vos yeux !
S A M SON
Quel eft cet Adonis dont votre voix aimable
Fait-retenrir ce beau féjour ?
C’était un héros indomptable,
Qui fut aimé de la mère d'Amour.
Nous chantons tous les ans cette aimable aventure»
Parlez, vous allez m’enchanter:
Les vents viennent de s’arrêter.
Ces forêts, ces oileaux & toute la nature
Se taifentpour vous écouter.
D A LIL A fe met à côté de Samfon. Le Chœur fe range
autour d'eux. Dalila chante cette cantatille, accompa-
gnée de peu d'infrumens, qui font fur le théâtre. Vénus dans nos climats fouvent daigne fe rendre ;
C'eft dans nos bois qu’on vient apprendre De fon culte charmant tous les fecrets divins. Ce fut près de cette onde , en ces rians jardins, Que Vénus enchanta le plus beau des humains; Alors tout fut he ureux dans une paix profonde ; Tout l’univers aima dans le fein du loifir.
Vénus donnait au monde
L’exemple du plaifir.
SAMSON Quefes traits ont d’appas ! que fa voix m'intéresfe! Que je fuis étonné de fentir la tendrefe !
De quel poifon charmant je me fens pénétré !
Sans Vénus, fans l’Amour, qu’aurait-il pu prétendre ?
Dans nos bois il eft adoré.
Quand il fut redoutable, il était ignoré ;
il devint Dieu dès qu’il fut tendre.
Depuis cet heureux jour
Ces prés , cette onde, cet ombrage
Infpirent le plus tendre amour
Au cœur le plus fauvage.
SAMSON
O Ciel, ô troubles inconnus !
J’étais ce cœur fauvage, & je ne le fuis plus. Je fuis changé ; j’éprouve une flamme naiflante.
( à DaülaJ)
Ah/s’il était une Vénus,
Si des Amours cette reine charmante Aux mortels en effet pouvait fe préfenter.
Je vous prendrais pour elle, & croirais la flatter.
Je pourrais de Vénus imiter la tendrefe.
Heureux qui peut brûler des feux qu’elle a fentis
B ij Mais j’euffe aimé peut-être un autre qu’Adonis ;
Si j’avais été la déefe.
G====== = = =ze=,..... =. ===== 4