‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 154 sur 192 · P RE S T I N E · texte numérisé non relu

P RE S T I N E

D’abord, ma pauvre fœur, il faut vous faire-entendre

Que vous avez fait fort mal

De ne nous pas apprendre Que de ce beau Daphnis Grégoire était rival.

Hélas ! quel intérêt mon cœur put-il y prendre ? L’ai-je pu remarquer ? je ne voyais plus rien.

Je vous l’avais bien dit, Grégoire eft un vaurien.

Bien plus dangereux qu’il n'eft tendre.

Sachez que dans ce temple on a mis deux tonneaux

Pour tous les gens que l’on marie.

L’un eft vafte & profond, la tonne de Cîteaux N’eft qu’une pinte auprès ; mais il eft plein de lie» Il produit la difcorde & les foupçons jaloux.

Les lourds ennuis, les froids dégoûts,

Et la fecrète antipathie.

Pij C’eft celui que Fon donne , hélas ! à tant d’époux : Et ce tonneau fatal empoifonne la vie.

L’autre tonneau, ma fœur , eft celui de l’amour: Il eft petit... petit... on en eft fort avare ; De tous les vins qu’on boit c'eft, dit-on, le plus rare»

Je veux en tâter quelque jour.

Sachez que le traître Grégoire

Du mauvais tonneau tour-à-tour

Malignement vous a fait-boire.

GLYCERE.

Ah! de celui d’amour je n’avais pas befoin; J’idolâtrais fans lui mon amant & mon maître. Temple affreux! coupe horrible! Ah, Grégoire! ah,

le traître !

Qu’il a pris un funeste foin !

Le PEREde Glycère.

D'où fais-tu tout cela ?

PRESTINE

La fervante du temple Eft une babillarde; elle m’a tout conté.

LE PERE de Daphnie Oui, de ces deux tonneaux j’ai vu plus d’un exemple ; La fervante a dit vrai. La docte antiquité A parlé fort au long de cette belle hiftoire. Jupiter autrefois , comme on me l’a fait-croire. Avait ces deux boudons toujours à fes côtés : De là venaient nos biens & nos calamités.

J’ai lu dans un vieux livre...

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