SCENE IV
SAMSON, les Israélites , LE ROI, les Prêtresses
de Vénus , les Prêtres de Mars,
UNE Prêtresse.
Tous nos Dieux étonnés, & cachés dans les cieux ;
Ne pouvaient fauver notre empire :
Vénus avec fon fourire
Nous a rendus victorieux :
Mars a volé, guidé par elle :
Sur fon char tout fanglant,
La Victoire immortelle
Tirait fon glaive étincelant
Contre tout un peuple infidèle.
Et la nuit éternelle Va dévorer leur chef interdit & tremblant.
Une Autre.
C’eft Vénus, qui défend aux tempêtes
De gronder fur nos têtes.
Notre ennemi cruel
Entend encor nos fêtes,
Tremble de nos conquêtes 5
Et tombe à fon autel.
Le R o 1 Eh bien, qu’eft devenu ce Dieu fi redoutable,
Qui par tes mains devait nous foudroyer?
Une femme a vaincu ce fantôme effroyable , Et fon bras languifant ne peut fe déployer.
il t’abandonne, il cède à ma pui fiance ; Et tandis qu’en ces lieux j’enchaîne les deftins 3 Son tonnerre , étouffé dans fes débiles mains
Se repofe dans le filence. .
SAMSON Grand Dieu ! j’ai foutenu cet horrible langage,
Quand il n'offenfait qu’un mortel :
On in fuite ton nom , ton culte, ton autel;
Lève-toi, venge ton outrage.
Chœur de Philistins.
Tes cris , tes cris ne font point entendus.
Malheureux , ton Dieu n'eft plus.
Tu peux encore armer cette main malheureufe ; Accorde-moi du moins une mort glorieufe.
Le Roi.
Non 3 tu dois fentir à longs traits
L’amertume de ton fupplice.
Qu’avec toi ton Dieu pérife.
Et qu’il foit comme toi méprifepour jamais,
SAMSON
Tu m'infpires enfin; c'eftfur toi que je fonde
Mes fuperbes deffeins ;
Tu m’infpires; ton bras fécondé
Mes langui liantes mains.
Le R o i.
Vil efclave , qu'ofes-tu dire ?
Prêt à mourir dans les tourmens.
Peux-tu bien menacer ce formidable empire
A tes derniers momens?
Qu’on l’immole, il en eft tems ;
Frappez; il faut qu’il expire.
SAMSON
Arrêtez ; je dois vous inftruire
Des fecrets de mon peuple, & du Dieu que je fers
Ce moment doit fervir d’exemple à l’univers.