LE DUC DE FOIX, DON MORILLO
MORILLO
On ne partira point, & j'y fuis réfoluz
Le Duc de Foix.
Le fang m’unit à vous, & c’eft une vertu D’aider dans leurs deffeins des parens qu’on révère.
Morillo.
La nièce eft mon vrai fait, quoiqu’un peu froide &
fière ;
La tante fera ton affaire:
Et nous ferons tous deux contens. Que me conseilles-tu?
Le Duc de Foi x.
D’être aimable, de plaire?
Fais-moi plaire.
Le Duc de Foix.
Il y faut mille foins complaifans.
Les plus profonds refpects, des fêtes , & du tems.
J’ai très-peu de refpect, le tems ef long ; les fêtes
> Coûtent beaucoup, & ne font jamais prêtes ; C’eû de l’argent perdu.
Le Duc de Foix.
L’argent fut inventé Pour payer, fi l’on peut, l’agréable & l’utile. Eh, jamais le plaifir fut-il trop acheté ?
Comment t’y prendras-tu?
Le Duc de Foix.
La chofe eft très-facile ;
Laiffez-moi partager les frais.
Il vient de venir ici près
Quelques Comédiens de France, Des Troubadours experts dans la haute fcience. Dans le premier des arts , le grand art du plaifir:
Ils ne font pas dignes , peut-être , Des adorables yeux qui les verront paraître; Mais il lavent beaucoup, s’ils favent réjouir.
Réjouifons-nous donc.
Le Duc de Foix.
Oui, mais avec myftère,
Avec myftère, avec fracas,
Sers-moi tout comme tu voudras :
Je trouve tout fort bon quand j’ai l’amour en tête.
Prépare ta petite fête :
De mes menus-plaifirs je te fais l’intendant.
Je veux fubjuguer la friponne
Avec fon air important.
Et je vais pour danfer ajufter ma perfonne.