‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 35 sur 192 · LE DUC DE FOIX, DON MORILLO · texte numérisé non relu

LE DUC DE FOIX, DON MORILLO

MORILLO

On ne partira point, & j'y fuis réfoluz

Le Duc de Foix.

Le fang m’unit à vous, & c’eft une vertu D’aider dans leurs deffeins des parens qu’on révère.

Morillo.

La nièce eft mon vrai fait, quoiqu’un peu froide &

fière ;

La tante fera ton affaire:

Et nous ferons tous deux contens. Que me conseilles-tu?

Le Duc de Foi x.

D’être aimable, de plaire?

Fais-moi plaire.

Le Duc de Foix.

Il y faut mille foins complaifans.

Les plus profonds refpects, des fêtes , & du tems.

J’ai très-peu de refpect, le tems ef long ; les fêtes

> Coûtent beaucoup, & ne font jamais prêtes ; C’eû de l’argent perdu.

Le Duc de Foix.

L’argent fut inventé Pour payer, fi l’on peut, l’agréable & l’utile. Eh, jamais le plaifir fut-il trop acheté ?

Comment t’y prendras-tu?

Le Duc de Foix.

La chofe eft très-facile ;

Laiffez-moi partager les frais.

Il vient de venir ici près

Quelques Comédiens de France, Des Troubadours experts dans la haute fcience. Dans le premier des arts , le grand art du plaifir:

Ils ne font pas dignes , peut-être , Des adorables yeux qui les verront paraître; Mais il lavent beaucoup, s’ils favent réjouir.

Réjouifons-nous donc.

Le Duc de Foix.

Oui, mais avec myftère,

Avec myftère, avec fracas,

Sers-moi tout comme tu voudras :

Je trouve tout fort bon quand j’ai l’amour en tête.

Prépare ta petite fête :

De mes menus-plaifirs je te fais l’intendant.

Je veux fubjuguer la friponne

Avec fon air important.

Et je vais pour danfer ajufter ma perfonne.

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