‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 46 sur 192 · SCÈNE IL SAN CHETTE,LALCADEG fa Suite · texte numérisé non relu

SCÈNE IL SAN CHETTE,LALCADEG fa Suite

Mes amis, vous avez un important emploi; Elle eft dans ces jardins... Ah , la voici, c'ef elle ; Le portrait qu’on m’en fit me femble affez fidèle; Voilà fon air, fa taille ; elle eft jeune, elle eft belle;

"Remplifions les ordres du Roi.

Soyez prêts à me fuivre & faites fentinelle.

Un Lieutenant de l’A lc ade.

Nous vous obéirons ; comptez fur notre zèle.

SANCH,

Ah j Meffieurs; vous parlez de moi.

Oui, Madame ; à vos traits nous favons vous con-

naître ; Votre air nous dit affez ce que vous devez être. Nous venons vous prier de venir avec nous ; La moitié de mes gens marchera devant vous, L’autre moitié fuivra : vous ferez tranfportée Sûrement & fans bruit, & par-tout refpectée.

Sanchette.

Quel étrange propos ! Me tranfporter ! Qui ? moi! Eh > qui donc êtes-vous ?

Des officiers du Roi ; Vous l'offenfez beaucoup d’habiter ces retraites ;

Monfieur l'Amirante en fecret,

Sans nous dire qui vous êtes,

Nous a fait votre portrait.

Sanchette.

Mon portrait, dites - vous ?

Madame, trait pour trait.

Sanchette.

Mais je ne connais point ce monfieur l’Amirante.

Il fait pourtant de vous la peinture vivante

Théâtre. Tome IX. E

ue-. Mon portrait à la cour a donc été porté ?

Apparemment.

SANCHETTE

Voyez ce que fait la beauté.

Et de la part du Roi vous m’enlevez?

Sans-doute ; C'eft notre ordre précis : il le faut, quoi qu’il coûte®

S A N C HETTE Où m’allez-vous mener ?

L'A L CAD E

A Burgos, à la cour ; Vous y ferez demain avant la fin du jour.

SANCHETTE

A la cour! mais vraiment ce n'eft pas me déplaire; La cour ! j’y confens fort ; mais que dira mon père ?

L'ALCADE

Votre père ? il dira tout ce qu’il lui plaira.

SANCHETTE

H doit être charmé de ce voyage-là!

C’eft un honneur très-grand qui fans-doute le flatte. On m’a dit que la cour eft un pays fi beau ! Hélas ! hors ce jour-ci, la vie en ce château

Fut toujours ennuyeufe & plate.

Il faut que dans la cour votre perfonne éclate.

Sanchette.

Eh , qu’eli-ce qu’on y fait ?

L'ALCADE

Mais, du bien & du mal ; On y vit d'efpérance , on tâche de paraître ; Près des Belles toujours on a quelque rival.

On en a cent auprès du maître.

Sanchette.

Eh, quand je ferai là, je verrai donc le Roi?

C'eft lui qui veut vous voir.

Sanchette.

Ah ! quel plaifir pour moi!

Ne me trompez-vous point ? eh quoi, le Roi fouhaite Que je vive à fa cour ? il veut avoir Sanchette ? Hélas ! de tout mon cœur : il m’enlève, partons. Eft-il comme Alamir? quelles font fes façons? Comment en ufe-t-il, Meffieurs , avec les Belles?

Il ne m'appartient pas d’en favoir des nouvelles; A les ordres facrés je ne fais qu’obéir,

Sanchette.

Vous emmenez fans-doute à la cour Alamir?

E ij

L‘ A l e a D E, Comment? quel Alamir?

SANCHETTE

L’homme le plus aimable; Le plus fait pour la cour, brave, jeune , adorable;

L'ALCADE

Si c'eft un gentilhomme à vous.

Sans-doute, il peut venir ; vous êtes la maitrefe.

Sanchette.

Un gentilhomme à moi! plût à Dieu !

Page 1