‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 70 sur 192 · ÉRIGONE · texte numérisé non relu

ÉRIGONE

Confervez-la plutôt pour augmenter vos feux;

Hiij

Banniffez feulement le bruit & le ravage:

Si par vous le monde eft heureux,

Je vous aimerai davantage.

Les faibles fentimens offenfent mon amour ;

Je veux qu’une éternelle ivrefe De gloire, de grandeur, de plaifirs, de tendrefe.

Règne fur mes fens tour-à-tour.

Vous alarmez mon cœur ; il tremble de fe rendre ; De vos emportemens il eft épouvanté:

il ferait plus tranfporté.

Si le vôtre était plus tendre.

Partagez mes tranports divins ; Sur mon char de victoire , au* fein de la molefe ; Rendez le ciel jaloux ; enchaînez les humains : Un dieu plus fort que moi nous entraîne & nous prefe.

Que le thyrfe règne toujours

Dans les plaifirs & dans la guerre ;

Qu’il tienne lieu du tonnerre

Et des flèches des Amours.

Le Chœur.

Que le thyrfe règne toujours

Dans les plaifirs & dans la guerre;

Qu’il tienne lieu du tonnerre ;

Et des flèches des Amours.

Quel Dieu de mon ame s’empare !

Quel défordre impétueux!

Il trouble mon cœur , il l’égare :

L’amour feul rendrait plus heureux.

Mais quel eft dans ces lieux ce temple folitaire?

A quels Dieux eft-il confacré ?

Je fuis vainqueur; j’ai fu vous plaire :

Si Bacchus eft connu, Bacchus eft adoré.

Un des SUIVANS de Bacchus, La Gloire eft dans ces lieux le feul Dieu qu’on adore; Elle doit aujourd’hui placer fur fes autels

Le plus auguites des mortels.

Le vainqueur bienfefant des peuples de l'Aurore

Aura ces honneurs folennels.

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