SCÈNE II
LE ROI, les Philistins autour de lui. SAMSON fulvi
des Hébreux portant dans une main une mafue x & de l’au*
tre une branche d'olivier.
SAMSON Roi, Prêtres ennemis, que mon Diçu fait-trem-
hier. 18 SA MS O N, OP ER A.
Voyez ce figne heureux de la paix bienfefante.
Dans cette main fanglante
Qui vous peut immoler.
CHOEUR des Philistins.
Quel mortel orgueilleux peut tenir ce langage ? Contre un Roi fi puiffant quel bras peut s’élever ?
Le Roi.
Si vous êtes un Dieu , je vous dois mon hommage ; Si vous êtes un homme, ofez-vous me braver?
Je ne fuis qu’un mortel; mais le Dieu de la terre,’
Qui commande aux rois ,
Qui fouffle à fon choix
Et la mort & la guerre,
Qui vous tient fous fes lois,
Qui lance le tonnerre.
Vous parle par ma voix.
Le Roi.
Eh bien, quel ef ce Dieu ? quel eft le témoignage
Qu’il daigne mannoncer par vous ?
Vos foldats mourans fous mes coups, La crainte où je vous vois, mes exploits, mon cou-
rage.
Au nom de ma patrie , au nom de l’Eternel, Refpectez déformais les enfans d’Ifraël,
Et finifez leur efclavage.
Le Roi.
Moi, qu’au fang philiftin je faffe un tel outrage?
A C T E S E C O N De 19 Moi, mettre en liberté ces peuples odieux !
Votre Dieu ferait-il plus puifant que mes Dieux ?
SAMSON
Vous allez l’éprouver; voyez fi la nature
Reconnaît fes commandemens.
Marbres, obéifez ! que fonde la plus pure Sorte de ces rochers, & retombe en torrens,
( qh voit des fontaines jaillir dam l'enfoncement )
CHOEUR
Ciel! ô Ciel! à fa voix on voit jaillir cette onde
Des marbres amollis !
Les élémens lui font fournis!
Eft-il le fouverain du monde ?
Le Roi.
N’importe ; quel qu’il foit, je ne puis m’avilir A recevoir des lois de qui doit me fervir.
SAMSON
Eh bien, vous avez vu quelle était fa puiffance ,
Connaiffez quelle eR fa vengeance.
Defcendez , feux des cieux , ravagez ces climats!
Que la foudre tombe en éclats !
De ces fertiles champs détruifez l'efpérance,
( tout le théâtre para t embrâfé, )
Bridez, moifons ! féchez , guèrets!
Embrâfez-vous , vaRes forêts !
( a l Roi. )
Connaifez quelle eR fa vengeance*
CHOEUR
Tout s'embrâfe , tout fe détruit ; 20 S A M S O N, O PER A;
Un Dieu terrible nous pourfuit.
Brûlante flamme, affreux tonnerre!
Ciel ! ô Ciel ! fommes-nous
Au jour où doit périr la terre?
Le R o ï.
Sufpends, fufpends cette rigueur , Minière impérieux d’un Dieu plein de fureur!
Je commence à reconnaître Le pouvoir dangereux de ton fuperbe maître; Mes Dieux, long - tems vainqueurs , commencent à
céder :
C'eft à leur voix à me réfoudre.
SAMSON
C’eft à la Tienne à commander.
Il nous avoit punis , il m’arme de fa foudre: A tes Dieux infernaux va porter ton effroi»
Pour la dernière fois peut-être tu contemples
Et ton trône & leurs temples ;
Tremble pour eux & pour toi.