‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 82 sur 192 · LIDIE, A R S I N E · texte numérisé non relu

LIDIE, A R S I N E

L I D i E, M uses, filles du ciel , la paix règne en vos fêtes ;

Vous fufpendez les mortelles douleurs , Dans les cœurs des humains vous calmez les tempêtes;

Les jours fereins naiffent de vos faveurs.

Amour , fors de mon cœur ; Amour , brife ma chaîne,

Belus m’abandonne aujourd’hui ;

Dépit vengeur , trop jufie haine,

Soyez, s’il fe peut, mon appui.

Amour, fors de mon cœur ; Amour , brife ma chaîne ,

Ne fois pas tyran comme lui.

Les Mufes quelquefois calment un cœur fenfible , Et pour les implorer vous quittez votre cour ; Mais craignez d’y chercher ce guerrier invincible : Au temple de la Gloire il vole en ce grand jour ;

il en fera plus inflexible.

Non , je veux dans fon cœur porter le repentir. Il cherche ici la Gloire , & ce nom me rafure ;

La Gloire ne pourra choifir

Un vainqueur injufte & parjure.

Hélas ! je l’ai cru vertueux.

Que le fort l’a changé ! que fa grandeur l’égare ! Je l’ai cru bienfefant , fenfible , généreux ;

Son bonheur l’a rendu barbare.

ARSINE, il infulte à des Rois qu’a domptés fa valeur ;

Théâtre, Tome IX. X

Devant lui marchent la vengeance ,

L'orgueil , le fafte , la terreur,

Et l’amour fuit de fa préfence.

Que de crimes , ô Ciel ! avec tant de vaillance !

Déeffes de ces lieux , appuis de l’innocence,

Confolez mon cœur alarmé ;

Secourez-moi contre moi-même ,

Et ne permettez pas que j’aime

Un héros enivré de fa grandeur fuprême ,

Qui n’eft plus digne d’être aimé.

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