‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 86 sur 192 · C H Œ U R DE GUERRIERS · texte numérisé non relu

C H Œ U R DE GUERRIERS

Les éclairs embrâfent les cieux,

La foudre menace la terre ,

Déclarez-vous, grands Dieux ,

Par la voix du tonnerre ,

Que Bélus arrive en ces lieux?

BELUS & les PRÉCÉDENS

5 u fuis-je ? qu’ai-je vu ? ]

Non, je ne puis le croire ;

Ce temple qui m’ef dû,

Ce féjour de la Gloire

S’eft fermé devant moi.

Mes foldats ont pâli d’effroi.

La foudre a dévoré les dépouilles fanglantes

Que j'allais confacrer à Mars ;

Elle a brifé mes étendards

Dans mes mains triomphantes.

Dieux implacables, Dieux jaloux,

Qu’ai-je donc fait qui vous outrage ?

J’ai fait-trembler l'univers fous mes coups ,

J’ai mis des Rois à mes genoux,

Et leurs fujets dans l’efclavage ;

Je me fuis vengé comme vous ,

Que demandez-vous davantage'?

Chœur de Bergers.

On n’imite point les Dieux

Par les horreurs de la guerre ;

il faut , pour être aimé d’eux,

Se faire-aimer fur la terre.

Une BERGERE,

Un Roi que rien n'attendrit

Eft des Rois le plus à plaindre ;

Bientôt lui-même il gémit.

Quand il fe fait toujours craindre.

Chœur de BERGERS

Un Roi que rien n’attendrit, &c.

Quoi, dans ces lieux on brave ma fureur, Quand le monde à mes pieds fe tait dans l’épouvante ?

( on entend le fon des mufettes, ) Un plaifir inconnu me furprend & m’enc iante

Dans le fein même de l’ho reur.

( les mufettes continuent ) De ces fimples bergers la candeur innocente Dans mon cœur étonné fait-paffer fa douceur.

( on danfe. )

Une BERGERE,

Un Roi , s’il veut être heureux ,

Doit combler nos vœux ;

Le vrai bonheur le couronne

Quand il le donne.

Dans les palais , dans les bois

On chérit fes douces lois.

Il goûte , il verfe en tous lieux

Les bienfaits des Dieux.

A fa voix les vertus renaifent

Les ris, les jeux le careffent ;

La gloire & l’amour

Partagent fa cour :

Dans fon rang fuprême ,

C'eft lui feul qu’on aime ;

Ceft lui plus que fes faveurs

Qui charme les cœurs.

Un Roi , s’il veut, &c.

CHŒUR de Bergers.

Un Roi que rien n’attendrit

El des Rois le plus à plaindre ;

Bientôt lui-même il gémit

Quand il fe fait toujours craindre.

La BERGERE.

Ecoutez dans nos chants le Dieu qui nous infpire ,

Rendez tous les cœurs fatisfaits , De vos févères lois adouciffez l’empire;

La gloire eft dans les bienfaits.

C H OE U R

Un Roi que rien, &c.

BELUS

Plus j’écoute leurs chants , plus je deviens fenfible. Dieux ! m’avez-vous conduit dans ce fejour paifible

Pour m’éclairer d’un nouveau jour ?

Des flatteurs m’aveuglaient, ils égaraient leur maître ;

Et des bergers me font-connaitre

Ce que j’ignorais dans ma cour.

Connaiffez encor plus , voyez toute ma flamme.

Je vous ai fuivi dans ces lieux ;

Pour vous je demandais aux Dieux

D’adoucir , de toucher votre âme.

Vos vertus autrefois avaient fu m’enflammer; Vous avez tout quitté pour l’horreur de la guerre# Ah! je voudrais vous voir adoré de la terre ,

Duffiez-vous ne me point aimer.

BELUS

C’en eft trop , je me rends au charme qui m’attire. Peut-être que des Dieux j’aurais bravé l’empire ;

Mais ils empruntent votre voix , ils ont guidé vos pas, leur bonté vous infpire ;

Je fuis défarmé , je foupire :

J’ofe efpérer qu’un jour j’obtiendrai fous vos loix

I iv

sauf 5 200 VARIANTE,&

La gloire immortelle où j’afpire.

Ces Dieux, garans de mes vœux ,

Appaiferont leur colère ;

Et pour mériter de vous plaire,

Je rendrai les mortels heureux.

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