C H Œ U R DE GUERRIERS
Les éclairs embrâfent les cieux,
La foudre menace la terre ,
Déclarez-vous, grands Dieux ,
Par la voix du tonnerre ,
Que Bélus arrive en ces lieux?
BELUS & les PRÉCÉDENS
5 u fuis-je ? qu’ai-je vu ? ]
Non, je ne puis le croire ;
Ce temple qui m’ef dû,
Ce féjour de la Gloire
S’eft fermé devant moi.
Mes foldats ont pâli d’effroi.
La foudre a dévoré les dépouilles fanglantes
Que j'allais confacrer à Mars ;
Elle a brifé mes étendards
Dans mes mains triomphantes.
Dieux implacables, Dieux jaloux,
Qu’ai-je donc fait qui vous outrage ?
J’ai fait-trembler l'univers fous mes coups ,
J’ai mis des Rois à mes genoux,
Et leurs fujets dans l’efclavage ;
Je me fuis vengé comme vous ,
Que demandez-vous davantage'?
Chœur de Bergers.
On n’imite point les Dieux
Par les horreurs de la guerre ;
il faut , pour être aimé d’eux,
Se faire-aimer fur la terre.
Une BERGERE,
Un Roi que rien n'attendrit
Eft des Rois le plus à plaindre ;
Bientôt lui-même il gémit.
Quand il fe fait toujours craindre.
Chœur de BERGERS
Un Roi que rien n’attendrit, &c.
Quoi, dans ces lieux on brave ma fureur, Quand le monde à mes pieds fe tait dans l’épouvante ?
( on entend le fon des mufettes, ) Un plaifir inconnu me furprend & m’enc iante
Dans le fein même de l’ho reur.
( les mufettes continuent ) De ces fimples bergers la candeur innocente Dans mon cœur étonné fait-paffer fa douceur.
( on danfe. )
Une BERGERE,
Un Roi , s’il veut être heureux ,
Doit combler nos vœux ;
Le vrai bonheur le couronne
Quand il le donne.
Dans les palais , dans les bois
On chérit fes douces lois.
Il goûte , il verfe en tous lieux
Les bienfaits des Dieux.
A fa voix les vertus renaifent
Les ris, les jeux le careffent ;
La gloire & l’amour
Partagent fa cour :
Dans fon rang fuprême ,
C'eft lui feul qu’on aime ;
Ceft lui plus que fes faveurs
Qui charme les cœurs.
Un Roi , s’il veut, &c.
CHŒUR de Bergers.
Un Roi que rien n’attendrit
El des Rois le plus à plaindre ;
Bientôt lui-même il gémit
Quand il fe fait toujours craindre.
La BERGERE.
Ecoutez dans nos chants le Dieu qui nous infpire ,
Rendez tous les cœurs fatisfaits , De vos févères lois adouciffez l’empire;
La gloire eft dans les bienfaits.
C H OE U R
Un Roi que rien, &c.
BELUS
Plus j’écoute leurs chants , plus je deviens fenfible. Dieux ! m’avez-vous conduit dans ce fejour paifible
Pour m’éclairer d’un nouveau jour ?
Des flatteurs m’aveuglaient, ils égaraient leur maître ;
Et des bergers me font-connaitre
Ce que j’ignorais dans ma cour.
Connaiffez encor plus , voyez toute ma flamme.
Je vous ai fuivi dans ces lieux ;
Pour vous je demandais aux Dieux
D’adoucir , de toucher votre âme.
Vos vertus autrefois avaient fu m’enflammer; Vous avez tout quitté pour l’horreur de la guerre# Ah! je voudrais vous voir adoré de la terre ,
Duffiez-vous ne me point aimer.
BELUS
C’en eft trop , je me rends au charme qui m’attire. Peut-être que des Dieux j’aurais bravé l’empire ;
Mais ils empruntent votre voix , ils ont guidé vos pas, leur bonté vous infpire ;
Je fuis défarmé , je foupire :
J’ofe efpérer qu’un jour j’obtiendrai fous vos loix
I iv
sauf 5 200 VARIANTE,&
La gloire immortelle où j’afpire.
Ces Dieux, garans de mes vœux ,
Appaiferont leur colère ;
Et pour mériter de vous plaire,
Je rendrai les mortels heureux.