LE CHEF DES LICTEURS
Chez lui. Ceux qui sont arrêtés IS'accusent que lui seul de tant d'iniquités.
AUKÉLIÉ.
O comble de la rage et de la calomnie !
On lui donne la mort : on veut flétrir sa vie!
Le cruel dont la main porta sur lui les coups....
CICÉRON
Achevez.
AURÉLIE
Justes dieux ! où me réduisez-vous ?
CICÉRON
Parlez ; la vérité dans son jour doit paraître. Vous gardez le silence à l'aspect de ce traître; Vous baissez devant lui Vos yeux intimidés; Il frémit devant vous. Achevez^ répondez.
AURÉLIE
Ah! je vous ai trahis; c'est moi qui suis coupable.
CATILINA
Non , vous ne l'êtes point....
AURÉLIE
Va , monstre impitoyable ;
9S6 CiTILlMl«
Va , ta pitië m'oMtrage > elle me fiut horreur. Dieux > j'ai trop tard connu niia détestable erreur î Sénat > )'ai vu le crime ^ et j^ai tu les complices; Je demandais vengeance , il me faut des supplices. Ce jour menace Rome^ et vous, et l'univers . Ma faiblesse a tout fait , et C^est moi qui vous perds. Traître y qui m'as conduite k travers tant d'abîmes , Tu forças ma tendresse k servir tous tes crimes. Périsse , ainsi que moi> le jour, l'horrible jour, Où ta rage a trompé mon innoc^t amour ! Ce jour où> malgré moi , secondant ta furie ,~ Fidèle k mes sermens , perfide a ma patrie j Conduisant Nonuius k Cet afireùx trépas , Et pour mieux l'égorger le pressant dans mes bras , J'ai présenté sa tête k ta main sanguinaire!
( Tandis qa*AaréIie parle an bout du théâtre , Cicéron est assis ,
plongé dans la douletir. )
Murs sacrés ! dieus^ vengeurs ! sénat ! mânes d'un père ! Romains , voilk l'époux dont j'ai suivi la loi > Yoilk votre ennemi.... Perfidç, imite-moi.
( Elle se frappe. ) CATILINA.
Où suis- je ? malheureux !
O jour épouvantable!
CICÉRON., se levant.
Jour trop digne en effet d'un siècle si coupable !
AURÉLIE
Je devais.... un billet remis entre vos mains.... Consul.... de tous côtés je vois vos stssassins.... Je me meurs....
■( On emmène Aurélie. ) CICÉRON.
' S'il se peut> qu'on la secoure , Auôde ; Qu'on cherche cet écrit. En est-ce assez , perfide ? Sénateurs , vous tremblez , vous ne vous joignez pas Pour venger tant de sang et tant d'assassinats ? Il vous impose encor. Vous laissez impunie La mort de Nonnius , et celle d'Auréhe ?
CATILINA
Va , toi-même as tout fait; c'est ton inimitié Qui me rend dans ma rage un objet de pitié ;
ÀGTi QVATaïkiiB. a57
Toi^ dont l'ambition de la mienne rivale ,
Dont la fortune heureuse k mes destins fatale»
M'entraîna dans Tabîme où tu me vois plongé.
Tu causas mes fureurs , mes fureurs t'ont vengé.
J'ai haï ton génie , et Rome qui l'adore ;
J'ai voulu ta ruine 9 et je la veux encore.
Je vengerai sur toi tout ce que j'ai perdu ;
Ton sang paiera ce sang k tes yeux répandu :
Meurs en craignant la mort, meurs de la main d'un traître, •
D'un esclave échappé que fait punir, son maître.
Que tes membres sanglans dans ta tribune épars.
Des inconstans Romains repaissent les regards.
Voila ce qu'en partant nia douleur et ma rage
Dans ces lieux abhorrés, te laissent pour présage :
C'est le sort qui t'attend, et qui va s'accomplir;
C'est l'espoir qui me reste, et je cours le remplir.
CIGJSaON.
Qu'on saisisse ce traître.
CÉTH^GUS.
En as-tu la puissance?