‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 132 sur 275 · LE CHEF DES LICTEURS · texte numérisé non relu

LE CHEF DES LICTEURS

Chez lui. Ceux qui sont arrêtés IS'accusent que lui seul de tant d'iniquités.

AUKÉLIÉ.

O comble de la rage et de la calomnie !

On lui donne la mort : on veut flétrir sa vie!

Le cruel dont la main porta sur lui les coups....

CICÉRON

Achevez.

AURÉLIE

Justes dieux ! où me réduisez-vous ?

CICÉRON

Parlez ; la vérité dans son jour doit paraître. Vous gardez le silence à l'aspect de ce traître; Vous baissez devant lui Vos yeux intimidés; Il frémit devant vous. Achevez^ répondez.

AURÉLIE

Ah! je vous ai trahis; c'est moi qui suis coupable.

CATILINA

Non , vous ne l'êtes point....

AURÉLIE

Va , monstre impitoyable ;

9S6 CiTILlMl«

Va , ta pitië m'oMtrage > elle me fiut horreur. Dieux > j'ai trop tard connu niia détestable erreur î Sénat > )'ai vu le crime ^ et j^ai tu les complices; Je demandais vengeance , il me faut des supplices. Ce jour menace Rome^ et vous, et l'univers . Ma faiblesse a tout fait , et C^est moi qui vous perds. Traître y qui m'as conduite k travers tant d'abîmes , Tu forças ma tendresse k servir tous tes crimes. Périsse , ainsi que moi> le jour, l'horrible jour, Où ta rage a trompé mon innoc^t amour ! Ce jour où> malgré moi , secondant ta furie ,~ Fidèle k mes sermens , perfide a ma patrie j Conduisant Nonuius k Cet afireùx trépas , Et pour mieux l'égorger le pressant dans mes bras , J'ai présenté sa tête k ta main sanguinaire!

( Tandis qa*AaréIie parle an bout du théâtre , Cicéron est assis ,

plongé dans la douletir. )

Murs sacrés ! dieus^ vengeurs ! sénat ! mânes d'un père ! Romains , voilk l'époux dont j'ai suivi la loi > Yoilk votre ennemi.... Perfidç, imite-moi.

( Elle se frappe. ) CATILINA.

Où suis- je ? malheureux !

O jour épouvantable!

CICÉRON., se levant.

Jour trop digne en effet d'un siècle si coupable !

AURÉLIE

Je devais.... un billet remis entre vos mains.... Consul.... de tous côtés je vois vos stssassins.... Je me meurs....

■( On emmène Aurélie. ) CICÉRON.

' S'il se peut> qu'on la secoure , Auôde ; Qu'on cherche cet écrit. En est-ce assez , perfide ? Sénateurs , vous tremblez , vous ne vous joignez pas Pour venger tant de sang et tant d'assassinats ? Il vous impose encor. Vous laissez impunie La mort de Nonnius , et celle d'Auréhe ?

CATILINA

Va , toi-même as tout fait; c'est ton inimitié Qui me rend dans ma rage un objet de pitié ;

ÀGTi QVATaïkiiB. a57

Toi^ dont l'ambition de la mienne rivale ,

Dont la fortune heureuse k mes destins fatale»

M'entraîna dans Tabîme où tu me vois plongé.

Tu causas mes fureurs , mes fureurs t'ont vengé.

J'ai haï ton génie , et Rome qui l'adore ;

J'ai voulu ta ruine 9 et je la veux encore.

Je vengerai sur toi tout ce que j'ai perdu ;

Ton sang paiera ce sang k tes yeux répandu :

Meurs en craignant la mort, meurs de la main d'un traître, •

D'un esclave échappé que fait punir, son maître.

Que tes membres sanglans dans ta tribune épars.

Des inconstans Romains repaissent les regards.

Voila ce qu'en partant nia douleur et ma rage

Dans ces lieux abhorrés, te laissent pour présage :

C'est le sort qui t'attend, et qui va s'accomplir;

C'est l'espoir qui me reste, et je cours le remplir.

CIGJSaON.

Qu'on saisisse ce traître.

CÉTH^GUS.

En as-tu la puissance?

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