‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 188 sur 275 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

AMÉNAIDE, Soldats, dans Penfoncempnt.

Il me faut donc mourir^ et dans l'ignominie l

On croit qu'à Solamir mon cœur se sacrifie 1 *

O toi, seul des humains qui méritas ma foi ,

Seul objet de mes pleurs , objet de leur envie ,

Je meurs en criminelle : oui , je le suis pour toi ;

Je le veux , je dois l'être. £h quoi 1 .cette infamie ,

Ces apprêts , ces bourreaux, puis- je les soutenir f

Mort honteuse ! à ton nom tout mon courage cède.

Kon, il n'est point de honte en mourant pour Tancrède.'

On peut m'ôter le jour, et non pas me punir.

Quoi 1 je parais trahir mon père et ma patrie !

Forte un jour au héros pour qui je perds la vie Mes derniers sentimens et mes derniers adieux. Peut-être il vengera son amante fidèle.

Enfin je meurs pour lui; ma moi.t est moins cruelle.

( /) Elle serait fidèle , après mon trépas même !

Oui, j'ose m'en flatter , oui , c'est ainsi qu'elle aime ; C'est ainsi que j'àdorè un cœur tel que le sien ; Il est inébranlable; il est digne du mien , Incapable d'effroi , d« crainte , et d'inconstance.

(m) FAHIB.

Craint-il de s'expliquer? vous a-t il soupçonnée?

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NOTES

■ I La France était alors obérée et turchargée d'impôts ; mais les campagnes étaient cuItiTèes; et si l'on avait comparé la masse des impôts avec la somme du produit net des terres ^ peut-être Taurait-on trouvé dans une moindre proportion que du temps de Charles IX , de Henri III, ou même de Henri IV. Si on avait comparé de même la somme de ce produit net au nombre des hommes employés k la culture, on l'aurait trouvée dans un rapport plus grand. Il résulte de cette seconde corn» paraison qu'il pouvait y avoir en 1760 plus de valeurs réelles qu'on pouvait employer à pa^er la main-d'œuvre des travaux d'industrie et de construction, que dans des temps regardés comme plus heureux. L'impôt est injuste lorsqu'il excède lesdépenses nécessaires , et strictement nécessaires à la prospérité publique : il est alors un véritable vol aux contribuables. Il est injuste encore lorsqu'il n'est pas distribué proportionnellement aux propriétés de chacun. II est tyrannnique lorsque sa forme assujettit les citoyens à des gênes ou k des vexations inU' tiles; mais il n'est destructeur de la richesse nationale que lorsque , soit par sa grandeur , soit par sa forme , il diminue l'intérêt de former des entreprises de culture , ou qu'il les fait négliger. Il n'était pas encore parvenu à ce point en 1760; et quoiqu'il y eût en France beaucoup de malheureux , quoique le peuple gémît sous le poids de. la fiscalité , le royaume était encore riche et bien cultivé. Tout était si peu perdu à cette époque, que quelques bonne années d'une administration eussent alors suffi pour tout réparer. Ce que dit ici M. de "Voltaire était donc très vrai ; mais ce n*était en aucune manière une excuse j>our ceux qui gouvernaient.

* Iphigénie , près d'être immolée , dit à son père :

D'un œil aussi content , d'un cœur aussi soumis

Que j'acceptais Tëpoux que tous «'aviez promis,

Je saurai , s'il le faut , yictime obéissante ,

Tendre au fer de Calcfaas une tôte innocente. *

Cette résignation parait exagérée : le sentiment d'Aménaïde est plus vrai et aussi touchant ; mais dans cette comparaison ce n'est point Racine qui est inférieur à Voltaire, c'est l'art qui a fait des progrès. Pour rendre les vertus dramatiques plus im-

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posantes , on les a d'abord exagérées ; mais le comble de l'art est de les rendre à la fois naturelles et héroïques. Cette perfection ne pouvait être que le fruit du temps, «de i'étode des grands modèles , et surtout de l'étude de leurs fautes.

3 Qui n'a plus qu*un moment à rirre N'a phu rien à dissimuler.

M. de Voltaire, dans la Comtesse de Givry, dit en parlant d'un vieux soldat :

n touche an jour fatal où l'homme ne ment plus.

4 On a cru reconnaître dans ce vers le sentiment qu'une longue suite d'injustices avait dû produire dans l'ame de l'auteur comme dans ceux-ci :

Prosciit d^ le berceau, nourri dans le malheur^ Moi toujours ëprouyë| moi qui suis mon ourrage,. Qui d'ëtats en états ai porté mon courage , Qui partout de l'enTie ai senti la fureur, Depuis que je suis ne j'ai vu la calomnie , Exhaler les venins de sa bouche impunie , Chez les républicains comme à la cour des rois.

On a cru reconnaître encore le sentiment d'un grand homme qui , après avoir été privé de sa liberté dans sa jeunesse pour des vers qu'il n'avait point faits , forcé de fuir en Angleterre la haine des bigots , d'aller oublier à Berlin les cabales des gens de lettres et la haine que les.gens en place portent sourdement à tout homme supérieur, avait été ensuite obligé de quitter Ber« lin par les intrigues d'un géomètre médiocre j, jaloux d'un grand poète , et retrouvait à Genève les monstres qui l'avaient persécuté à Paris et à Berlin , la superstition et l'envie.

Remarquons ici que c'est vraisemblablement au goftt.de M. de Voltaire pour l'Ariostcque nous devons Tancrède, Il était impossible qu'un aussi grand ai tisto ne vit dans VHUloire d'Ariodant el de Genève un bluc précieux d'où devait sortir une belle tragédie, C'est une des pièces du théâtre français qui fait le plus d'eilbt k la représentation , et peut-êtrç celle de toutes où l'on trouve un plus grand nombre de vers et de situations d*uno sonilbiUté profonde et passionnée.

AVERTISSEMENT

ÉDITEURS DE KEHL

Cette tragédie parut imprimée en 17Ô3; elle fui jouée à Ferney^ et sur le théâtre de Télecteur Palatin. M. de Voltaire , alors âgé de soixante*neuf and , la composa en six |ours.

C*e8t Pouvrage de six jours j écrivait- il à un philosophe illustre 9 dont il voulait savoir l'opinion sur cette pièce. L*aàteur rC aurait' pas dû. se reposer le septième y lui répondit son ami. Aussi s'est-U repenti de son ouvrage ^ répliqua M. de Voltaire; et quelque temps après il renvoya la pièce avec beaucoup de corrections.

Olimpie a été traduite en italien , et jouée à Venise sur le théâtre de San Salvatore^ avec un grand succès.

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