‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 214 sur 275 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ANTIGOINE, HERMAS, CASSANDRE, SOSTÉNE.

OASSANDRE , arrêtant Antigone.

Demeure , indigne ami , Infidèle alié , détestable ennemi :

M'oses-tu disputer ce que le ciel me donne?

' ANTIGONE

Oui. Quelle est la surprise où ton cœur s'abandonne ! La fille d'Alexandre a des droits assez grands Pour faire armer l'Asie , et trembler nos tyrans. Babylone est sa dot , et son droit est l'empire. Je prétends l'un et l'autre; et je veux bien te dire: Que tes pleurs, tes regrets, tes expiations, N'en imposeront pas aux yeux des nations.

A.CTB QUATRIEME. SS^

Ne croîs pas qu'h présent l'amilié considère Si tu fus innocent de la mort de son p6re • L'opinion fait tout ; elle t'a condamne. Aux faiblesses d'amour ton cœur abandonné Séduisait Olimpie en cachant sa naissance ; Tu crus ensevelir dans l'éternel silence Ce funeste secret dont je suis informé; Ce n'est qu'en la trompant que tu pus être aimé. Ses yeux s'ouvrent enfin , c'en est fait; et Cassaudre N'ose lever les siens /n'a plus rien a prétendre. De quoi l'es-tu flatté? pensais-tu que ses droits T^élèveraient un jour au rang de roi des rois? Je peux de Statira prendre ici la défense ; Mais veux-tu conserver notre antique alliance? Veux-tu régner en paix dans tes nouveaux états? Me revoir ton ami, t'appuyer de mon bras?...

CASSANDAC.

£h bien ?

ANTIGONE

Gëde Olimpie , et rien ne nous sépare.

Je périrai pour toi : sinon , je te déclare Que je suis le plus gi*and de tous tes ennemis. Connais tes intérêts, pèse-les , et cbbisis.

GASSANDRE.

Je n'aurai pas de peine , et je venais te faire Une office différente , et qui pourra te plaire. Tu ne connais ni loi , ni remords , ni pitié , Et c'est un jeu pour toi de trahir l'amitié. J'ai craint le ciel du moins : tu lis de sa justice y Tu jouis des forfaits dont tu fus le compiice; Tu n'en jouiras pas , traître. . .

ANTIGONE

Que prétends-tu?

CA3SANDRE.

Si dans ton ame atroce il est quelque vertu , N'employons pas les mains du soldat mercenaire Pour assouvir la rage et servir ma colère. Qu'a decommun le pieuple avec nos factions ? Est-ce à lui de mourir pour nos divisions? C'est à nous, c'est k tm , si tu te sens l*audace De braver mon courage ainsi que ma disgrâce.

590 OUMPIS.

Je ne fus pas admis au commerce des dieux , Pour aller égorger mon ami sous leurs yeux ; C'est un crime nouveau , c'est toi qui le prépares. Va , nous étions formés pour être des barbares. Marchons ; viens décider de ton sort et du mien , T'abreuver de mon sang^ ou verser tout le tien.

ANTIfiONE.

J'y consens avec joie > et sois s&r qu'Olijnpie Acceptera la main qui t'ôtera la vie.

( Us mettent l'épée à la mtiio. )

Page 1