‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 218 sur 275 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CASSAWDRE, OLIMPIE.

OLIMPIE^ courbée sur l'autel sans voir Cassandre.

Que mon cœur se soulève !

Qu'il est desespëré!... Qu'il se condamne! hëlasl

( AperçeTant Cassandre. )

Que vois-je !

CASSANDRE

Voire époux!

OLIMPIE.

Non , vous ne Télés pas.

Non , Cassandre... jamais ne prétendez k Têlre.

CASSANDRE

Eh bien ! j'en suis indigne, et je dois me connaître. Je sais tous les forfaits que mon sort inhumain , Pour nous perdre tous deux , a commis par ma main ; J'ai cru les expier, j'en comble la mesure. Ma. présence est un crime, et ma flamme une injure.... Mais,- daignez me répondre... Ai-je par mes secours Aux fureurs de la guerre arraché yos beaux jours?

OLIMPIE.

Pourquoi les conserver?

CASSANDRE

Au sortir de l'enfance Ai-je assez respecté votre aimable innocence ? Vous ai-je idolâtrée?

OLIMPIE.

Ah ! c'est Ik mon malheur.

CASSANDRE

Après le tendre aveu de la plus pure ardeur, Libre dans vos bontés , maîtresse de vous-même , Cette voix favorable k l'époux* qui vous aime. Aux lieux où je vous parle , à ces mêmes autels , A joint a mes sermens vos sermens solennels !

OLIMPIE.

Hélas î il est Irop vrai !... Que le courroux céleste Ne. me punisse pas d'un serment si funeste !

CASSANDRE

Vous m'aimiez , Olimpic !

TOiiTBB. TOME HT. I7, .

OUMPIE.

Ah ! pour ccmble d'horreur^ r^e me reproche pas ma détestable erreur. II te fut trop aisé d'ëblouir ma jeunesse: D'un cœur (]ui s'ignorait tu trompas la faiblesse; C'est un forfait de plus... Fuis-moi; ces entretiens Sont un crime pour moi plus afireux que les tiens.

CASSINDRE.

Craignez d'en commettre un plus funeste peut-être -, En acceptant les vœux d'un barbare et d'un traître;^ Et si pour Antigone...

Arrête^ malheureux.

D' Antigone et de toi je rejette les vœux. Après que cette main lâchement abusée , S'est pu joindre à ta main de mon sang arrosée , Pful mortel désormais n'aura droit sur mon ccenr. J'ai l'hymen, et le monde, et la vie en horreur. Maîtresse de mon choix, sans que je délibère^ Je choisis les tombeaux qui renferment ma mère ^ Je choisis cet asile où dieu doit posséder Ce cœur qui se trompa quand il put te céder. J'embitisse les autels , et déteste ton trône , Et tous ceux de l'Asie... et surtout d'Antigone. Va-t'en , ne me vois plus... va , laisse-moi pleurer L'amour que j'ai promis ^ et qu'il faut abhorrer.

CASS ANDRE

Eh bien ! de mon rival si Tamour vous offense , Vous ne sauriez m'ôter un, rayon d'espéranée ; Et quand votre vertu rejette un autre époux , Ce refus est ma grâce, et je ipe crois k vous« Tout souillé que je suis du sang qui vous fit. naître , Vous êtes , vous serez la moitié de mon être , Moitié chère et sacrée ^ et de qui les vertus Ont arrêté sur moi les foudres suspendus > Ont gardé sur mon cœur un empire suprême , Et devraient désarmer votre mère elle-même.

OLIMPIE.

Ma mère !,.. Quoi ! ta bouche a prononcé son nom 1 Ah ! si le repentir, si la compassion ,

iCTB QUÀT&lkHt* ^S

Si ton amour au moins peut flétrir ton audace , Fuis les lieux qu'elle habite, et l'autel que j'embrasse ; Laisse-moi.

CASSANDaS.

Non , sans vous je n'eu saurais sortir. A me suivre k Tinstant vou^evez; consentir. ( Il la preiàd par la main. )

Chère épouse , venez.

OLDfPIE y la retirant ayçc transport.

Traile-mpi donc oomsie eile^ Frappe une infortunée à son devoir fidèle ; Dans ce cœur désolé porte un coup plus certain : Tout mon sang iut formé pour couler sous ta main : Frappe, dis-je.

CASSANDRE

Ah î trop loin vous portez la veugeance : J'eus moins de cruauté, j'eus moins de violence. Le ciel sait faire grâce , et vous savez punir ; Mais c'est trop être ingrate , et c'est srop me haïr.

OLIMPIE.

Ma haine est-elle juste , et l'as-tu méritée ?...

Cassandre, si ta main féroce,. ensanglantée ,

Ta main qui de ma mère osa percer le flanc ,

N'eût frappé que moi seule , et versé que mon sang.

Je te pardonnerais, je t'aimerais.... barbare.

Va , tout nous désunit.

CASSANDRE

Non , rien ne nous sépare.

Quand vous auriez Cassandre encor plus en horreur. Quand vous m'épouseriez pour me percer le cœur , Vous me suivrez... Il faut que mon sort s'accomplisse. Laissez-moi mon amour, du moins pour mon supplice : Ce supplice est sans terme, et j'en jure par vous. Haïssez, punissez, mais suivez votre époux.

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