SCÈNE VIÎL SCAPIN, ARGANTE
se A pin fà partj.
Le yoilà qui rumine.
ar gante Cse croyant seulj.
Avoir si peu de conduite et de considération! S'aller jeter dans ua engagement comme celui-là! Ah, ah, jeunesse impertinente!
se a pin.
Monsieur, votre serviteur.
ARGANTB.
Bonjour, Scapin.
«SCAPIN
Vous rêvez à l'affaire de votre fils.
ARGANTE
Je t'avoue que cela me donne un furieux chagrin,
SCAPIN
Monsieur , la vie est mêlée de traverses , il est bon de s'y tenir sans cesse préparé; et j'ai ouï dire, il y a long- temps , une parole d'un ancien que j 'ai toujours retenue.
ARGANTE
Quoi?
Que, pour peu qu'un père de famille ait été absent de chez lui, il doit promener son esprit sur tous les fâcheux accidens que son retour peut rencontrer, se figurer sa maison brûlée, son argent dérobé, sa femme morte, son fils estropié, sa fille subornée; et, ce qu'il trouve qui ne lui est point arrivé , l'imputer à bonne fortune* Pour moi , j'ai pratiqué toujours cette leçon dans ma petite philosophie; et je ne suis jamais revenu au logis, que je ne me sois tenu prêt à la colère de mes maîtres» aux réprimandes, aux injures, aux coups de pied au cul, aux baston-
nades, aux étrivières: et, ce qui a manqué à m arriver, j'en ai rendu grâce à mon bon destin.
AROA.NTE.
Voilà qui est bien; mais ce mariage impertinent, qui trouble celui que nous roulons faire, est une chose que je ne puis souffrir, et je Tiens de. consulter des avocats pour le faire casser.
SCAPlN.
Ma foi, Monsieur, si vous m'en croyez, vous tâcherez, par quel* qu'autre voie, d accommoder l'affaire. Vous savez ce que c'est que les procès en ce pays-ci, et vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines.
IRGiKTBv:
Tu as raison , je le vois bien. Mais quelle autre voie ? scAPijr.
Je pense que j'en ai trouvé une. La compassion que m'a donnée tantôt votre chagrin , m'a obligé à chercher dans ma tête quelque moyen pour vous tirer d'inquiétude j car je ne saurais voir d'honnêtes pères chagrinés par leurs enfants, que cela ne m'émeuve; et, de tout temps , je me suis senti pour*votre personne une inclination particulière.
Je te suis obligé. ,
scAPiir.
J'ai donc été trouver le frère de cette fille qui a été épousée. C'est un de ces braves de profession, de ces gens qui sont tout coups d'épée, qui ne parlent que d'échiner, et ne font non plus de conscience de tuer un homme, que d'avaler un verre de vin. Je l'ai mis sur ce mariage, lui ai fait voir quelle facilité offrait la raison de la violence pour le ftdre casser, J vos prérogatives du nom de père, et l'appui que vous donneraient auprès de la justice, et votre droit, et votre argent , et vos amis. Enfin , je l'ai tant tourné de tous côtés , qu'il a prêté l'oreille aux propositions que je lui ai faites d'ajuster l'affaire pour quelque somme; et il donnera son consentement à rompre lemariage , pourvu que vous lui donniez de l'argent.
kRCkttT*.
Çt qu a-t-il demandé ?
8CAFIN.
Oh, d'abord des. choses par-dessus les maisons!
ARGAVTL
Hé, quoi?
SC4PIV.
Des choses extravagantes.
laGAVTE.
Mais encore?
ICAPIK.
Il ne parlait pas moins que de cinq ou six cents pistoles.
AHGAKTE.
Cinq ou six cents fièvres quartaines qui le puissent serrer. Se moquet-il des gens?
SCAPlff.
C'est ce que je lui ai dit. J'ai rejeté bien loin de pareilles propositions, et je lui ai bien fait entendre que tous n'étiez point une dupe, pour vous demander des cinq ou six cents pistoles. Enfin , après plusieurs discours , voici où s'est réduit le résultat de notre conférence : nous voilà au temps m'a-t-il dit, que je dois partir pour l'armée, je suis après à m 'équiper; et le besoin que j'ai de quelque argent, me mit consentir , malgré moi , à ce qu'on me propose. Il me faut un cheval de service, et je n'en saurais avoir un qui soit tant soit peu raisonnable , à moins de soixante pistoles.
ARGANTE
Hé bien , pour soixante pistoles , je les donne.
SCAPIN
II faudra le harnois et les pistolets; et cela ira bien à vingt pistoles encore.
ABGAHTK.
Vingt pistoles et soixante, ce serait quatre-vingts.
s cap m.
Justement.
AH6AVT1.
C'est beaucoup; mais soit, je consens à cela.
bE LEMONNIER. 4*7
SCAPIW.
H lui faut aussi un cheval pour monter son valet, qui coûtera bien trente pistoles.
AH GANTE. '
Comment diantre ! Qu'il se promène; il n'aura rien du tout
s CAP 19.
Monsieur.
AEGAHTE.
Non. C'est un impertinent.
Voulez-vous que son valet aille à pied ?
AB.GAHTE.
Qu'il aille comme il lui plaira et le maître aussi.
SCAPIN
Mon dieu ! Monsieur, ne vous arrêtez point à peu de chose. N'allez point plaider, je vous prie; et donnez tout, pour vous sauver des "mains de la justice.
ARGAHT*.
Hé bien , soit. Je me résous à donner encore ces trente pistoles.
SCAPI9.
Il me faut encore , a-t-il dit, un mulet pour porter....
AH GANTE
Oh, qu'il aille au diable avec son mulet! C'en est trop, et nous irons devant les juges.
se api*.
De grâce , monsieur...
AHGAMTE.
Non, je n'en ferai rien.
SCAPIH.
Monsieur, un petit mulet.
Je ne lui donnerais pas seulement un âne.
scapix.
Considérez.-.
ABGiJTTE.
Non, j'aime mieux plaider.
scapiv.
Hé! monsieur, de quoi parlez-vous là, et à quoi tous résolvezvous ?.... C'est être damné dès ce monde , qhe d'avoir à plaider, et la seule pensée d'un procès serait capable de me faire fuir jusqu'aux Indes.
IBGAIfTE.
A combien est-ce qu'il fait monter le mulet ? se a. put.
Monsieur , pour le mulet , peur son cheval, et celui de son homme, pour le harnois et les pistolets, et pour payer quelque petite chose qu'il doit à son hôtesse , il demande en tout deux cents pistoles.
ARGAHTE.
Deux cents pistoles !
se iïIM.
Oui.
argavte Cse promenant en coUreJ.
Allons , allons , nous plaiderons.