GETA, DAVE
g e t A (à un esclave qui est dans la maison). S'il vient un certain rousseau me demander/...
dave,
Le voilà. N'en dis pas davantage.
GETA
Ah ! j'allais au-devant de toi.
dave (en lui présentant une bourse).
Tiens, prends, les espèces sont bonnes; le compte y est; «'est tout ce que je te devais.
GETA
Je te remercie. Tu ne m'as point oublié. Je t'en dois de la reconnaissance.
x DAVE.
Surtout de la manière dont nous vivons aujourd'hui, il faut bien remercier cqpx qui paient leurs dettes. Mais tu es triste ; pourquoi cela ?
GETA
Pourquoi ? Tu ne sais pas dans quelle frayeur, dans quel danger je suis.
DAVE
Qu'ya-t-il?
i8* PHORMIO. ACT. I. SCEN. IL
GÉTA
Scies :
Modo ut tacere possis.
DAVUS
Abi sis , insciens :
Cujus tu fîdem in peeunia perspexeris , Verere verba ei credere? XJbi quid mihi lucri est, Tefallere?
GETA
Ergo ausculta.
DAVUS
Hanc operam tibi dico.
geta.
• Senis nostri, Dave, fratrem majorerai Chremem Nostin?
DAVUS
Quidni ?
GETA
Quid? Ejus gnatum Phedriam?
DAVUS
Tanquam te.
GETA
Evenit, senibus ambobus simul Iter, illi in Lemnum ut esset, nostro in Ciliciam Ad hospitem antiquum. Is senem per epistolas Pellexit, modo non montes auri pollicens.
DAVUS
Cui tanta erat res, et supererat?
LE PHORMION. ÀCT. I, SCÊN. II i85
GETA
Tu vas le savoir, pourvu que tu puisse te taire.
DAVE
Ya te promener, insensé. Tii as éprouvé ma bonne foi» en me prêtant de l'argent, et tu craindrais de mé confier des paroles? Eh! que gagnerais-je à te trahir ?
Eh bien, écoute.
DAVE
Je t'écou te de toutes mes oreilles.
GETA
Dis-moi, connais-tu Chrêmes, le frère aîné de notre bonhomme ? *
DAVE
Pourquoi pas ?
GETA
Et Phedria son fils ?
DAVE
Comme je te connais.
<*ETA
11 est arrivé que nos àètàL vieillards se sont mis en route dans le même temps. Chrêmes est allé dans l'île de Leftiftos; notre bonhomme, dans la Cilicie, chez un ancien hôte. Il l'a engagé à ce voyage par des lettres qui lui promettaient presque des monts d'or.
DAVE)
Comment, un hotame a?issi rlokfe, qur a phis;d)e bien qu'il ne peut en dépenser ?
i84 PHORMIO. ACT. I. SCEN. IL
G ETA
Desinas :
Sic est ingenium.
DAVUS
Oh! regem me esse' oportuit.
GETA
Abeuntes ambo hic tum senes, me filiis Relinquunt quasi magistrum.
DAVUS
O Geta, provinciam Cepisti duram.
GETA
Mihi usu venit, hoc scio.
Memini relinqui me deo irato meo.
Coepi adversari primo. Quid verbisopus est?
Seni fidelis dum sum , scapulas perdidi.
DAVUS
Venere in mèntem istaec mihi : nam quae inscitia est, Advorsum stimulum calces ?
Coepi iis omnia Facere, obsequi quae vellent.
DAVUS
Scisti uti foro 3 .
GETA
Noster mali nihil quidquam primo. Hic Phedria Continuo quamdam nactus est puettulam Citharistriam : hanc amare coepit perdité*
LE PHORMION. ACT. I. SCÈN. IL i85
GETA
Que cela ne t'étonnes pas. Voilà Comme il est.
DATE
Ah, que ne, suis-je grand seigneur ! —
GETA
En partant, ces deux vieillards me laissent ici, pour ainsi dire, gouverneur de leurs fils.
DAVE
Geta, tu as pris-là un gouvernement bien dur (1).
GETA
» L'expérience me Ta prouvé. Je le sais. Je fus bien abandonné à mon mauvais génie (2). D'abord je commençai à m 'opposer à leurs penchants. En un mot, tant que je restai fidèle aux pères, je fus roué de coups.
DAVE
Je m'en doutais. Car quelle extravagance ! regimber co ntr © l'aiguillon!
GETA
Ensuite je fis tout ce qu'ils voulurent. Je me prêtai à tout.
DATE
Tu as suivi le cours du -marché.
GETA
D'abord notre Antiphon ne fit rien de mal. Pour le Phedria, dès que son père fut parti, il trouva, je ne sais quelle chanteuse, dont il devint amoureux fou. Elle appartenait à un marchand d'esclaves, le plus avare de tous les coquins; et rien à donner. Les pères y avaient misl^on ordre. Le jeune
Ea serviebat lenoni imptirissimo :
Neque , quod daretur qtridquam : id curarant patres. Restabat aliud nihil , nisi oculos pascere , Sectari, in ludum ducere, et reducere , Nos otiosi operam dabamus Phedriae.
In quo haec discebat ludo , ex advorsum ei loco Tonstrina erat quaedam. Hic solebamus fere Plerumque eam opperiri, dum inde iret domum.
Interea dum sedemus illic, intervenit Adolescens quidam lacrumans. Nos mirarier :
Rogamus quid sit : numquam aeque, inquit, ac modo, Paupertas mihi onus visum st, et miserum, et grave. Modo quamdam vidi virginem hic viciniae Miseram, suam matrem lamentari mortuam.
Ea sita erat ex advorso : neque illi benevolens, Neque notus, neque cognatus, extra unam aniculam, Quisquam aderat, qui adjutaret funus. Miseritum est, Virgo ipsa facie egregia. Quid verbis opus st? Commorat omnes nos. Ibi continuo Antipho, Voltisne eamus visere ? Alius , censeo :
Eamus , due nos sodés. Tmus , venimus , Videmus. Virgo pulchra ! et , quo magis diceres , Nihil aderat adjumenti ad pulchritudinem :
Capillus passus , nudus pes, ipsa horrida :
Lacrumae, vestitus turpis : ut, ni vis boni In ipsa inesset forma, haec formam extinguerent. Jlle, qui illam araabat fidicinam , tantummodo, Satis, inquit, seita est* Noster verou<*
LE PHORMION. ACT. I. SCÈN. II. iSy homme n'avait d'autre ressource que d'en repaître ses yeux, de la suivre, de la conduire chez ses maîtres, et de la ramener. Antiphon et moi , qui n'étions point occupés , nous suivions Phedria. Vis-à-vis l'école où cette fille prenait leçon(3), il y avait une boutique de barbier. Nous y attendions , pour l'ordinaire, qu'elle retournâtchez elle. Un jour que nous étions là, arrive un jeune homme, les larmes aux yeux. Etonnés, nous lui demandons ce qu'il a. Tout à l'heure, plus que jamais, nous dit -il, la pauvreté m'a paru un fardeau bien pesant, bien funeste. Je viens de voir dans le voisinage, une malheureuse fille pleurer sa mère qui est morte. Elle était assise auprès du corps. Pas un ami, pas une connaissance, aucun parent, excepté une vieille femme ; personne pour lui aider à faire les funérailles. Elle m'a fait pitié. Elle est charmante, cette fille. Pour abréger. Ce récit nous toucha tous. Antiphon dit aussitôt : Voulez-vous que nous allions la voir ? Al- Ions, dit un autre. Conduisez-nous, s'il vous plaît. Nous parions, nous arrivons, nous la voyons. Belle personne ! et ce qui te l'aurait fait trouver plus bette encore, c'est que rien ne relevait ses attraits. Elle était déchevelée, pieds nus, en désordre, éplorée, mal vêtue; de sorte que, si elle n'avait été naturellement très : belle, tout cela aurait éteint sa beauté, Phedria, qui était épris de sa chanteuse, dit froidement, elle est assez bien. Mais Antiphon.,...
DAVUS
Jam scio :
Amare coepît.
Sein quam ? Quo évadât, vide.
Postridie ad anum recta pergit. Obsecrat , Ut sibi ejus faciat copiam. Illa enim se negat : Neque eum aequom ait facere. Illam civem esse Atticam, Bonam , bonis prognatam. Si uxorem velit , Lege id licere facere : sin aliter, negat.
Noster, quid a gère t, néscire : et illam ducere Cupiebat , et metuebat absentem patrem.
DAVUS
Non, siredisset pater, ei veniam daret?
GETA
Illene indotatam virginem , atque ignobilem Daret illi? Numquam faceret.
DAVÙS.
Quid fit denique ?
GETA
Quid fiât ? Est parasitus quidam Phormio 9
Homo confidens : qui (illum di ommes perduint! )
DAVUS
Quïd is fecit ?
GETA
Hoc consilium , quod dicam , dédit.
Lex est , ut orbae , qui sint génère proxumi, Eis nubant : et illos ducere eadem haec lex jubé t.
DATE
J'entends. Il en devint amoureux.
GETA
Sais -tu à quel point? Vois jusqu'où nous a menés son amour. Le lendemain il va trouver la vieille, la prie de lui donner accès auprès d'elle. La vieille le refusé» lui représente l'injure de son procédé, lui dit que cette fille est citoyenne d'Athènes, vertueuse et de bonne famille ; que s'il veut l'épouser, il le peut suivant les lois, sinon, qu'il ait à se retirer. Notre amoureux ne sait quel parti prendre. Il avait bien envie d'épouser, mais il craignait son père, quoiqu'absent.
DATE
Est-ce que le père, à son retour, n'aurait pas consenti....?
GETA
Lui ? ^Donner à son fils une inconnue qui n'a rien ? Jamais.
DATE
A la fin qu'arrive-t-il ?
GETA
Ce qui arrive ? Il y a un parasite nommé Phormion, homme effronté, qui (puissent les dieux le confondre) !
DATE
QuVt-ilfait?
GETA
U a donné le conseil que voici. « Il y a une loi qui ordonne • aux orphelines de se marier à leurs plus proches parens. » Cette même loi ordonne aux plus proches parens de les •épouser. Je vous dirai le cousin de cette fille. Je vous ferai
i 9 o PHOKMIO. ACT. I. SCEN. IL
Ego te cognatum dicam , et tibi scribam dicam : Paternum amicum me assimulabo virginis :
Ad judices veniemus : qui fuerit pater , Quae mater, qui cogna ta tibi sit; omnîa haec Confîngam : quod erit mihi bonum , atqtie dommodum' Quum tu horum nihil refeïles-, vincam scilicet. Pater aderit. Mihi paratae lites. Quid iriea? Illa quidem nostra erit.
DAVUS
Jocularem audaciam!
GETA
Persuasit homini : factum est; ventum est, vincimur, Duxit.
DAVUS
Quid narras?
t GETA.
Hoc quod audis,
DAVUS
O Geta, Quid te futuruiri est?
GETA
Nescio hercle. Unum hoc scio :
Quod fors feret, feremus aequo animo.
DAVUS
Place* :
Hem, istuc viri est: offîcium.
In me omnis spes mihi est*
«assigner, sous prétexte que j'étais l'ami de son père. Nous » irons devant les juges. Je lui ferai un père, une mère; je » forgerai une parenté entre vous, selon qu'il sera utile et » avantageux à ma cause. Comme vous ne réfuterez aucune »de mes allégations, je gagnerai sans peine. Votre père re- » viendra. 11 me fera un procès. Que m'importe ? Par provision » la fille sera à nous»
DAVB.
Plaisante effronterie ?
GBTA.
Il persuade notre homme. Assignation ; pbidoierie ; procès perdu; mariage.
DAVE
Que me dis- tu?
GBTA*
La vérité.
DAVB.
Que deviendras -tu, mon pauvre Gela?
gbta.
Je n'en sais ma foi rien. Je sais seulement que je supporterai avec courage ce que le sort m'enverra.
DAVB.
Fort bien. Voilà ce qui s'appelle un homme de cœur..
GBTA.
Je n'ai d'espérance qu'en moi seul.
i 9 « PHORMIO. ACT. I. SCSN. II.
DAVUS
Laudo.
GETA
Ad precatorem adeam , credo 9 qui mihi Sic oret : nuhc amitte, quaeso, hune : caeterum Posthac si quidquam 9 nihil precor. Tantummodo Non addat : ubi ego bine abiero, vel occidito.
DAVUS
Quid ille paedagogus 6 , qui citharistriam?.. Quid rei gerit?
GETA
Sic, tenuiter.
DAVUS
Won multum habet Quod det fortasse.
GETA
Immo nihil, nisi spem meram.
DAVUS
Pater ejus rediit, an non?
Nondum.
DAVUS
Quid? Senem Quoad expectatis vostrum?
GETA
Non certum scio :
Sed epistolam ab eo allatam esse audivi modo, Et ad portitores esse delatam. Hanc petam.
LE PHORMION. ACT. I. SCÈN. II. i 9 5
DATE
Je t'approute.
g e t A (avec ironie).
Je le crois bien ; j'irais chercher un intercesseur, qui viendrait supplier pour moi, et qui dirait : pour cette fois-ci pardonnez-lui, je vous prie ; mais si parla suite il/ait la moindre faute, je ne demande plus de grâce. Encore, pourvu qu'il n'ajoutât pas : quand je serai parti, tuez-le si vous voulez.
DATE
Et ton pédagogue avec sa' chanteuse ? Gomment vont ses affaires?
GETA
Comme ça, tout doucement.
DAVJS.
Il n'a peut-être pas beaucoup à donner.
GETA
Rien du tout que de belles promesses.
DAVE
Son père est-il de retour, ou non ?
GETA
Pas encore.
DAVE
Et votre bonhomme, quand revient-il ?
GETA
Nous ne savons pas au juste. Mais je viens d'apprendre qu'il est arrivé une lettre de lui ; on l'a portée à la douane (4) » je vais la chercher.
i 9 4 PHORMIO. ACT. I. SCEN. III.
DAVUS
Numquid, Geta , aliud me vis ?
GETA
Ut bene sit tibi.
Puer, heus : nemon hucprodit? Cape, da hoc Dôrckx
SCENAIII.
ANTIPHO, PHEDRIA.
ÀBTTIPHO.
A de on' rem redisse 1 , ut qui mihi consul tum optume
velitesse, Phedria, patrem ut extimescam, ubi in mentem ejus
adventi venit?
Quod ni fuissem incogitans, ita eum expectarem, ut par
fuit.
PHEDRIA.
Quid istuc est?
ANTIPHO.
Rogitas! qui tam audacis facinoris mihi conscius sis? Quod utinam ne Phormioni 2 id suadere in mentem in-
cidisset, Neu me cupidum eo imputis&et, quod mihi principiun*
est mali.
LE PHORMION. ACT. I. SCÈN. III. i 9 5
DATE
Tu ne desires plus rien, Geta ?
GETA
Que tu te portes bien. (Se tournant vers la maison. ^ Holà, petit garçon... Gomment, personne ne sort? ( Au petit valet, qui est sorti. J Tiens, donne cela à Dorcion.