‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 93 sur 128 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

HIPPOLYTE, TrRouPE DE vsNEUns.

HIPPOLYTE ( Gux veneurs ).

Aux, dispersez-vous autour de ces bois épais , parcourez d'un pied léger les sommets de la colline de Cécrops (1), et les réduits formés au pied du Parnéthe (2), et les bords de ces ruisseaux qui , dans leur cours précipité, baignent les vallons de Thria (5). O mes amis! franchissez ces ápres montagnes que blanchit la neige du Riphée... Et vous, pénétrez dans cette forét aux aulnes altiers; descendez dans ces prairies que Zéphir caresse de son haleine, pour y rappeler bientót tout le charme du printemps; dans ces belles prairies où coule l'llissus , transparent comme la glace, et le paresseux Méandre, qui prive si malignement les plaines de son onde, et qui arrose à peine un sable stérile. Vous, allez reconnaitre les lieux que Marathon découvre sur sa gauche, où chaque matin les biches avec leurs faons vont chercher leur páture.. . Vous,

tournez au midi de ces cóteaux, où le dur Acarnien se mé-

8e — HIPPOLYTUS. ACT. I. SCEN. I.

Vos, qua Marathon tramite laevo Saltus aperit, qua corhitatae Gregibus parvis nocturna petunt Pabula foetae. Vos, qua tepidis Subditus austris, frigora mollit Durus Acharnan. Alius rupem Dulcis Hymetti : patv^s alius Calcet Aphidnas. Pars illa diu Vacat immunis, qua curvati Litora ponti Sunion urget.

Si quem tangit. gloria silvae, Vocat hunc Phlyeus. Hic versatur Metus agricolis, vulnere multo Jam notus àper. At vos lassus Canibus tacitis mittite habenas :

Teneant acres lora Molossos.

Et pugnaces tendant Cressae Fortia trito vincula collo.

At Spartanos ( genus est audax —.' Avidumque ferae) nodo cautus Propiore liga. Veniet tempüs, Cur latratu cava saxa sonent:

: Nune demies nure stgaci Captent auras, lustraque presso — Quaerant rostro : dum lux dubia est;. Dum signa pedum roscida tellus Irapressa tenet; alius raras Cervice gravi portare plagas, Alius teretes properet laqueos.

Picta rubenti linea penna Vano ludat terrore feras.

HIPPOLYTE ACT. I. SCÈN.L a85

nage un abri contre les frimats..... Les autres battront les réduits du doux Hytnetté, et lé sinaeux enfontement d'Aphydna... Il y a long-temps que nous n'avons visité l'inégal rivage du cap de Sunion... Mes braves compagnons, si l'amour de la chasse vous domine ; c’est aux champs de Phlyéis qu'il faut voler; vous y trouverez un sanglier monstrueux, leffroi du laboureur, et que nous avons tant de fois blessé. Conduisez ces chiens en silence, et laissez flotter les liens qui les attachent; mais laissez moins de liberté à oes impatiens Molosses; dégagez de leurs cordes les tôtes de ces chiennes dela Crète; retenez fottèmient ces Spartiates (4), C'est une race indomptable et avide de sang. Un moment encore, et nous leur permettrons de faire retentir de leuts aboiemens le creux des rochers. Maintenant qu'ils baissent la téte, et que de toute la délicatesse de leur odorat ils cherchent les traces récentes des bétes fauves; elles doivent étre empreintes sur la rosée , puisqu'à peine nous pouvons découvrir les premiers rayons du jour Que le plus robuste porte ces panneaux; qu'un autre se charge des filets, et qu'en metto bien en évidence ces plumes rouges (3) dont ils sont remplis, pour mieux tromper les habitiis des bois... Toi, tu lanceras les traits; et toi, arshé de cé large piea, tà % tiendros toujours prét, en le balancant de Ja gauche à M droîte. "foi, placé en embuscade, tu précipitéras par tes crisles pas de l'animal attaqué ; et toi, à qui je réserve l'honneur de la victoire, tu enfonceras ce fer dans ses entrailles. |

HIPPOLYTUS. ACT. I. SCEN.

Tibi libretur missile telum.

Tu grave dextra laevaque simul Robur lato dirige ferro.

Tu praecipites clamore feras' Subsessor ages : tu jam victor Curvo solves viscera cultro.

Ades en comiti, Diva virago, Cujus regno pars terrarum Secreta vacat: cujus certis Petitur telis fera, quae gelidum Potat Áraxen, et quae stanti Ludit in Istro : tua Gaetulos Dextra leones, tua Cretaeas Sequitur cervas : nunc veloces Figis damas leviore manu.

Tibi dant variae pectora tigres, Tibi villosi terga bisontes, Latisque feri cornibus uri.

Quidquid solis pascitur arvis, Sive illud inops novit Garamas, Sive illud Arabs divite silva,

Sive ferocis juga Pyrenes,

Sive Hyrcani celant saltus, Vacuisque vagus Sarmata campis, Árcus metuit, Diana, tuos.

Tua si gratus numina cultor Tulit in saltus; retia vinctas Tenuere feras; nulli laqueum Rupere pedes ; fertur plaustro Praeda gementi : tum rostra canes Sanguine multo rubicunda gerunt ;

Sois favorable à mes vœux, Ó courageuse fille de Latone! toi dont l'empire s'étend dans les lieux les plus retirés de la terre, et dont les inévitables traits percent les monstres qui viennent se désaltérer dans l’Araxe, et ceux qui se plaisent à traverser le Danube dont le froid glacial arrête le cours. O grande déesse, ta main terrasse les lions de Gétulie et les biches de la Créte ; et quand tu ne veux atteindre que le daim timide, tu le frappes d'une main plus légère. Les tigres variés de tant de couleurs , les taureaux sauvages, ces redoutables bufles aux larges cornes , expirent sous tes célestes dards. Ces bêtes furieuses qui désolent les plaines solitaires , celles qui peuplent le pauvre Garamante ,' cellés que renferment les riches bois de l’Arabie, les cimes désertes des Pyrénées, les défilés de l'Hircanie , les, vastes plaines des Sarmates ; tous ces fléaux des humains sont également effrayés à l'aspect de l'arc de Diane.

Toutes les fois que tes fidèles adorateurs invoquent ta divinité puissante , soudain la proie désirée tombe dans leurs heureux filets; le char qui la porte géinit sous son poids; nos chiens victorieux lèvent leurs têtes rougies du sang de leurs ennemis, et les habitans des hameaux, formant une longue

Repetitque casas rustica longo Turba triumpho.

En, Diva favet. Signum arguti Misere canes. Vocor in silvas.

Hac, hac pergam, qua via longum Compensat iter.

SCENA II

PHAEDRA, NUTRIX.

| PHAEDRA.

O mAGna vasti Creta dominatrix freti, Cujus per omne litus innumerae rates :

Tenuere pontum, quidquid Assyria tenus Tellure Nereus pervium rostris secat ; Cur me in penates obsidem invises datam , Hostique nuptam, degere aetatem in malis Lacrimisque cogis? profugus en conjux abest, Praestatque nuptae , quam solet, Theseus fidem. Fortis per altas invii retro lacus Vadit tenebras miles audacis proci ; Solio ut revulsam regis inferni abstrahat ,

. Pergit furoris socius. Haud illum timor, Pudorque tenuit stupra et illicitos toros Acheronte in imo quaerit Hippyloti pater.

chaine , rentrent en triomphe dans leurs chaumières (6) dont l’alarme est bannie.

Mais déjà la déesse devient propice à mes vœux... Je suis exaucé , j'en accepte pour augure l'aboiement que j'entends dans les airs, On m'appelle dans les bois, j'y vole, et je choisis le sentier le plus court.

PHEDRE, LA NOUBRICE.

| PHEPAE.

O ma patrie! puissante Crète, dominatrice d'une si vaste mer, île fameuse, dont les innombrables vaisseaux ont visité toutes les côtes et parcouru jusqu'aux bords de l'Assyrie et les plaines à travers lesquelles Nérée s'ouvre un passage, hélas! devais-tu me donner pour ôtage aux odieux Fénates de Thésée, et me condamner, en m'unissant à un ennemi, à passer mes jours dans le malheur et dans les larmes? Mon époux est absent et me fuit; c'est donc ainsi que Thésée me garde sa fidélité. Il a osé descendre sur les rives infernales. Digne compagnon d'un ravisseur (1) furieux, il erre maintenant sur ses pas au ténébreux empire, pour arracher de son trône la reine des enfers. Le père d'Hippolyte, sans pudeur et sans crainte, cherche encore des maîtresses et de nouvelles amours jusque sur les bords de l'Achéron (2).

Sed major alius incubat moestae dolor.

Non me quies nocturna, non altus sopor Solvere curis : alitur et crescit malum,

Et ardet intus ; qualis AEtnaeo vapor Exundat antro. Palladis telae vacant,

Et inter ipsas pensa labuntur manus' Non colere donis templa" votivis libet ; Non inter aras, Atthidum mixtam choris, Jactare tacitis conscias sacris faces;

Nec adire castis precibus aut ritu pio Adjudicatae praesidem terrae Deam".

Juvat excitatas consequi cursu feras,

Et rigida molli gaesa jaculari manu.

Quo tendis, anime ? quid furens saltus amas? Fatale miserae matris agnosco malum.

Peccare noster novit in silvis amor.

. Genitrix, tui me miseret : infando malo .

Correpta, pecoris efferi saevum ducem Audax amasti. Torvus, impatiens jugi, Adulter ille, ductor indomiti gregis.

Sed amabat aliquid. Quis meas miserae Deus,

Aut quis juvare Daedalus flammas queat ?

Non, si ille remeet arte Mopsopia potens,

Qui nostra caeca monstra conclusit domo,

Promittat ullam casibus nostris, opem.

Stirpem perosa Solis invisi Venus,

Per nos catenas vindicat Martis sui,

Suasque. Probris omne Phoebeum genus

HIPPOLYTE. ACT. L SCEN. II. s89

Mais un fardeau plus pénible encore pése sur mon cœur infortuné ! La nuit et le sommeil ne sauraient plus calmer mes douleurs. Un mal toujours croissant se nourrit, s'enflamme, s'agrandit dans mon sein. C'est tout le feu de l'Ethna qui s'élance de ses abimes. Les ouvrages de Minerve (5) n'ont plus d'attraits pour moi ; la toile s'échappe de mes mains. On ne me voit plus embellir les temples de mes offrandes , ni entourer les autels à la téte d'un chœur de jeunes Athéniennes, ni entretenir les feux sacrés dans les mystères silencieux d'Eleusis oü je suis initiée, ni présenter à la grande déesse de la terre, des fruits, un encens pur et de chastes prières (4).

Ma passion la plus chére serait d'armer ma faible main de de l'acier mortel (5), et de poursuivre à la course les timides habitans des bois.

O mon cœur! oü veux-tu m'entrainer? D'où te vient cet amour insensé pour les forêts?

Ah! je reconnais l’ascendant fatal qui égara ma mère infortunée. C’est au fond des bois que tous ceux de ma famille rendirent l'amour criminel. Cependant, ó ma mère, vous excitez toute ma commisération ; une passion effrénée... un trop fatal objet d'amour (6) troubla votre raison. Audacieuse, vous osátes l'aimer. Impatient du joug, indomptable,et fier, il vous aima lui-même... Il savait aimer du moins... Hélas! quelle divinité, ou quel autre Dédale pourrait servir ma flamme, comme la vôtre, à ma mère, a été servie! Et quand il reviendrait à la lumière, cet ingénieux artiste de Mopsope , qui enferma dans notre labyrinthe ce funeste monument de vos

amours, il n 'apporterait aucun reméde à ma souffrance mor- 2.6 (€ telle.

Vénus, cruelle ennemie des enfauis du soleil, exerce sur nous sa vengeance, depuis que le: dieu auteur de notre race

Onerat nefandis. Nulla Minois levi Defuncta amore est. Jungitur semper nefas.

NUTRIX

Thesea conjux, clara progenies Jovis, Nefanda casto pectore exturba ocius :

Exstingue flammas; neve te dirae spei Praebe obsequentem. Quisquis in primo obstitit Pepulitque amorem , tutus ac victor fuit.

Qui blandiendo dulce nutrivit malum, Sero recusat ferre, quod subiit, jugum.

Nec me fugit, quam durus, et veri insolens, Ad recta flecti regius nolit tumor.

Quemcunque dederit exitum casus, feram.

Fortem facit vicina libertas senem‘.

Obstare primum est velle, nec labi via :

- Pudor est secundus, nosse peccandi modum.

Quo, misera, pergis? quid domum infamem aggravss, Superasque matrem? majus est monstro nefas.

Nam monstra fato, moribus scelera imputes.

Si, quod maritus supera non cernit loca, Tutum esse facinus credis, et vacuum metu ; Erras. Teneri crede Lethaeo abditum Thesea profundo, et ferre perpetuam Styga.

Quid ille, lato maria qui regno premit, Populisque reddit jura centenis pater, - Latere tantum: facinus ocultum sinet? |

HIPPOLYTE. ACT. I. SCEN. IL agi

fit voir à tout l'Olympe l'amant de cette déesse enchatné dans ses bras. Depuis cette découverte fatale, elle ne cesse de répandre l'opprobre sur nous; nulle fille de Minos ne saurait brüler d'une flamme permise. Toujours quelque crime en est le résultat.

LA NOURRICE. l

Femme de Thésée , et glorieux rejeton de Jupiter, chassez donc de votre imagination et arrachez de votre cœur tout ce qui pourrait en flétrir la pureté. Eteignez vos flammes criminelles, et n'ouvrez jamais votre âme à de funestes éspérànces. Celui qui résiste à son penchant, et qui le combat dès I'prigine, est toujours assuré de le vaincre. Mais celui qui.caresse une passion enchanteresse et enivrante, se soumet à un joug qu'il ne pourra plus secouer.

O Reine! je sais combien il est dangereux de rappeler à la vertu les cœurs impérieux. L'orgueil des rois n'est point accoutumé à fléchir devant la vérité; mais quel que soit le danger qui menace ma téte en vous ramenant à vos dévüirs, je le brave sans crainte. Mon âge, qui m'approche de la mort, m'inspire du courage, et me rend toute ma liberté.

Pour triompher d'une passion naissante, il faut d'abord le vouloir fermement et éviter les éhutes ; mais il faut!enbore que la pudeur nous retienne.dans de justes bornes. ,..

O malheureuse Phédre! que prétendez- vous? Votre race n'est.elle pas assez impure? voulez-vous ajouter à la honte de celle qui' vous donna le jour? Que dis-je! votre amour est plus criminel encore que le sien; car son penchant déngturé pour un monstre était l'ouvrage du destin, et celui qui domine vos sens est l'ouvrage de votre cœur. Si vous pensez que l'absence de votre époux, descendu aux enfers, puisse mettre votre crime en sûreté et bannir toutes vos alarmes, vous étes dans l'erreur. Eh! quand il serait pour jamais enseveli dans le Léthé ou dans les profónds abtmes du ‘Styx, imprudente ! croyez-vous que celui: qui régit à son gré le vaste empire de la mer et qui donne la loi à cent peuples

sj — HIPPOLYTUS. ACT. I. SCEN. II.

Sagax parentum est cura. Credamus tamen .. Astu doloque tegere nos tantum nefas; Quid ille rebus lumen infundens suum Matris parens? quid ille, qui mundum quatit , e Vibrans corusca: fulmen AEtnaeum manu, ' Satot Deorum; credis hoc posse effici , | [nter videntes oinnia ut lateas avos?

. «Sed',ut secundus numinum abscondat favor Coïtus nefandos, utque contingat stupro Negata magnis sceleribus semper fides; :

, Quid poena praesens, corisciae mentis pavor, ‘| "Knimusque ‘culpa plenus, et semet timens? :Seelus, aliqua tutum, nulla securum tulit*.

^^ Gompesce amoris impii flammas precor, . ,Nefasque, quod non ulla tellus barbara | |

-« Gemmisit unquam , non vagus. campis Geta, Nec inhospitalis Taurus, aut spafsus Seythes. . Jinpelt facinus mente castifica horridum;

. Memorque. táatris , metus. concubitus novos. Miscere thalamos patris et'nàti dppatás, -

"Uteroque prolem capere. confusam: impio? | Perge, et nefandis verte naturam igrübus.

Cur' monstra cessant? aula cur fratris. vacat? Prodigia toties orbis insueta audiet,

Natura toties legibus cedet suis,

Quoties amabit Cressa ?

divers, en un mot, que le père de Thésée ne saurait dé- : couvrir ce coupable mystère ? Rien n’est plus perçant que l'œil paternel ; mais supposons qu'à force d'adresse nous puissions cacher à Neptune ce funeste secret, le cacherezvous à votre aieul (7) dont nul objet du monde ne saurait éviter les regards? le cacherez-vous à celui dont la main enflammée ébranle l'univers, en balançant la foudre forgée dans les flancs de l'Ethna; au maître des dieux enfin? Dans l'immensité de ce globe, croyez-vous échapper à la vigilance éternelle de vos aieux qui voient tout? Ah! quand méme les dieux favorables daigneraiept jeter un voile officieux sur vos jouissances criminelles, et que votre amant vous garderait la fidélité dont les grands libertins se croient dispensés, ne seriez-vous pas trahie par vos continuelles inquiétudes, par vos frayeurs et par vos remords , par votre conscience tout occupée de votre faute, et qui aurait peur d'elle-méme? On peut quelquefois trouver de la süreté dans le crime, jamais on n'y trouve la sécurité.

Eteignez donc, je vous en conjure! éteignez les flammes de cet amour impie, et n'allez pas vous souiller d'un crime inconnu des climats les plus barbares, d'ün crime qui ferait horreur aux Gétes vagabons, aux Scythes inhumains, à toutes les hordes inhospitaliéres du Taurus. Chaste jusqu'à ce jour, éloignez de votre cœur toutes les pensées qui pourraient le corrompre, et que la mémoire de votre mère, toujours présente à votre esprit, vous tienne en garde contre les amours monstrueux.

O déplorable Phédre! pourriez-vous confondre le lit du père et le lit du fils ? Oseriez-vous, ó comble d'horreur! porter leur sang mélé dans vos flancs impies! Poursuivez donc, cruelle , et par vos détestables feux, renversez les lois les plus sacrées de la nature. Que ne choisissez-veus aussi un monstre ? et pourquoi laisser si long-temps le labyrinthe vacant par la mort de votre frère (8) ? O puissances eélestes !

PHAEDRA.

Quae memoras, scio Vera esse, nutrix : sed furor cogit sequi Pejora’. Vadit animus in praeceps sciens, Remeatque, frustra sana consilia appetens.

Sic cum gravatam navita adversa ratem Propellit unda, cedit in vanum labor, Et victa prono puppis aufertur vado.

Quod ratio poscit, vicit ac regnat furor, Potensque tota mente dominatur Deus.

Hic Volucer omni regnat in terra potens , Ipsumque flammis torret indomitis Jovem.

Gradivus istas belliger sensit faces; Opifex trisulci fulminis sensit Deus; Et, qui furentes semper AEtnaeis jugis Versat caminos, igne tam parvo calet.

Ipsumque Phoebum, tela qui nervo regit, Figit sagitta certior missa Puer :

Volitatque coelo pariter et terrae gravis,

NUTHRIX.

Deum esse Amorem, turpis et vitio favens Finxit libido : quoque liberior foret , Titulum furori numinis falsi addidit.

Natum per omnes scilicet terras vagum Erycina mittit! Ille per coelum volans

toutes les fois qu'une Crétoise aimera, faudra-t-il donc que la nature abandonne ses lois, et que de nouveaux prodiges viennent effrayer l'univers.

PHÈDRE

O ma nourrice! la vérité elle - même s'exprime par ta bouche ; je le vois, je le sens... mais une passion furieuse me transporte. Je reconnais tous mes devoirs, et je me précipite dans le mal. Je reviens ensuite, je fais un retour sur moiméme, et mes efforts impuissans ne peuvent me rendre à la vertu que jaime. Hélas! je ressemble au malheureux nautonnier qui lutte vainement contre les vagues et finit par s'engloutir sous l'onde.

La raison n'a plus de pouvoir sur moi, toute la fureur de l'amour me domine et m'entralne; un dieu puissant régne sur mon âme tout entière. Eh! ne règne-t-il pas, ce dieu vainqueur, dans l'immensité de la nature ? Jupiter lui-méme n'est pas à l'abri de sa flamme indomptable , et le redoutable dieu de la guerre n'a pas échappé' à sa puissance. O ma nourrice! celui qui forge la foudre aux trois dards, qui entretient éternellement les fourneaux de l'Ethna, ne peut résister aux feux allumés par la main d'un enfant. Le fils de Latone, dont la main est si sûre, est percé par des traits plus sûrs encore, et celui qui les lance, également redoutable au ciel et à la terre, sait bien, dans son vol rapide, renverser tous les obstacles.

LA NOURRICE

C'est la volupté, ma fille, la volupté honteuse et criminelle qui fit un dieu de l'amour, et qui, pour étre plus libre, érigea des autels au plus furieux de tous les penchans. Quoi!

Ja déesse qu'Eryx adore enverrait son fils errant et vagabond ans le monde? Un si faible enfant prendrait aycc tant de

296 — HIPPOLYTUS. ACT. I. SCEN. Il.

Proterva tenera tela molitur manu; Regnumque tantum minimus e superis habet!

Vana ista demens animus adscivit sibi, Venerisque numen finxit, atque arcus Dei.

Quisquis secundis rebus exsultat nimis, Fluitque luxu, semper insolita appetit.

Tunc illa magnae dira fortunae comes

Subit libido : non placent suetae dapes,

Non tecta sani moris, aut vilis cibus

Cur in penates rarius tenues subit

Haec delicatas eligens pestis domos?

Cur sancta parvis habitat in tectis Venus, Mediumque sanos vulgus affectus tenet,

Et se coercent modica? contra divites, Regnoque fulti, plura, quam fas est, petunt?

Quod non potest, vult posse, qui nimium potest. Quid deceat alto praeditam solio, vides.

Metue, ac verere sceptra remeantis viri.

PI A EDR A.

Amoris in me maximum regnum fero, Reditusque nullos metuo. Non unquam amplius Convexa tetigit supera, qui mersus semel

Adiit silentem nocte perpetua domum.

NUTRIX

Ne crede diti. Cluserit regnum licet , Canisque diras Stygius observet fores :

Solus negatas invenit Theseus vias.

licence son essor dans le ciel? sa main téméraire y lancerait des flèches impies, et le plus chétif des immortels serait le maître de l'Olympe? Non, non; la seule corruption des amants enfanta cette chimère. C’est à elle seule que Vénus doit sa divinité, et Cupidon son arc. | Quiconque jouit avec orgueil de la prospérité et se livre aux excès que produisent inévitablement le luxe et l’opulence, ne forme que des désirs extraordinaires. Les passions impétueuses sont les compagnes cruelles des grandes fortunes. On veut des alimens recherchés, on ne connait plus de bornes dans la dépense , on ne se contente plus d'une nourriture simple et frugale. Pourquoi la contagion qui vous perd ne choisit-elle que les maisons brillantes, et respecte-t-elle les cabanes ? Pourquoi le peuple n’a-t-il que des affections saines, et que Vénus reste pure sous le chaume? Pourquoi la sagesse dans un état médiocre sait-elle retrancher encore à ses besoins, tandis que les rois et les grands forment éternellement des désirs immodérés ? Sous l'éclat de la royauté et dans l'exercice de la puissance souveraine, c'est toujours

au- delà des choses raisonnables et possibles que l'on étend sa volonté.

Pour vous, dont le front est teint du diadéme , vous savez à quoi ce haut rang vous oblige. Craignez donc et respectez le sceptre d'un époux qui va revenir prés de vous. |

^ PHÈDRE, |

L'amour règne dans mon cœur; il est mon roi, et je ne redoute nullement le retour que tu m'annonces Ne crois pas d'ailleurs que celui qui descend une fois dans le séjour silencieux de l'éternelle nuit, reparaisse si aisément à la lumière du jour.

LA NOURRICE

Quand le dieu des ombres aurait fermé toutes les barriéres de son empire; quand le nocher du Styx en garderait toutes les rives cruelles, ne croyez pas que Thésée ne puisse encore s'y frayer une route.

PHAED R A.

Veniam ille amori forsitan nostro dabit.

NUTRIX

Immitis etiam conjugi castae fuit.

Experta saevam est barbara Antiope manum.

Sed posse flecti conjugem iratum puta :

Quis hujus animum flectet intractabilem ?- Exosus omne feminae nomen fugit ; Immitis annos caelibi vitae dicat ; Connubia vitat. Genus Ámazonium scias.

PHAEDR A.

Hunc in nivosi collis haerentem jugis, Et aspera agili saxa calcantem pede, Sequi per alta nemora, per montes , placet. NUTRIX.

Resistet ille, seque mulcendum dabit, Castosque ritus Venere non casta exuet?

Tibi ponet odium, cujus odio fortisan Persequitur omnes?

PHAEDR A.

Precibus haud vinci potest ?

NUTRIX

Ferus est. | ‘PHAEDRA.

Amore didicimus vinci feros.

NUTRIX

F ugiet.

HIPPOLYTE. ACT. I. SCEN. Il. — 299

PHEDAE.

Peut-être il fera grâce à mon amour.

LA NOURRICE

Lui, Thésée, qui traita avec tant de barbarie la chaste Antiope, qui vous précéda dans son lit, et qui tomba sous sa main cruelle ? Je veux cependant que vous ayez le bonheur de fléchir un époux, vous flattez-vous aussi d’attendrir le fils de l'Amazone; cet intraitable ennemi de notre sexe, que le seul nom de l'amour effarouche , qui voue sa vie à un célibat éternel , et à qui l'hymen n'inspire que de l'horreur?

Ah ! du moins je prendrai plaisir à le suivre sur ces monts couverts de neiges, sur ces rochers sourcilleux qu’il franchit avec tant d'agilité, sur les cóteaux , au fond des bois....

LA NOURRICE

Et l’insensible s'arrêtera pour vous ? Il écoutera vos amours ? Hippolyte si pur deviendra incestueux ? Il cessera de vous haïr, vous qui peut-être avez excité dans son cœur son aversion pour toutes les femmes ?

PHEDRE

Eh quoi! ne pourrai-je donc pas le dompter par mes. prières ? | ' LA NOURRICE.

Vous , dompter ce rebelle invincible !

PHÈDRE

Ab ! l'amour nous apprit à triompher des étres les plus

farouches ? 27 LA NOURRICE.

Hippolyte vous fuira.

PHAEDRA.

Per ipsa maria, si fugiat sequar.

NUTRIX. Patris memento.

PHAEDRA.

Meminimus matris simul.

- NUTRIX

Genus omne profugit.

PHAEDRA.

Pellicis careo metu.

NUTRIX

Aderit maritus.

PHAEDRB A.

Nempe Pirithoi comes.

NUTRIX

Aderitque genitor.

PHAEDR A.

Mitis Áriadnae pater.

NUTRIX

Per has senectae splendidas supplex comas, Fessumque curis pectus, et cara ubera, Precor; furorem siste, teque ipsam adjuva.

Pars sanitatis, velle sanari, fuit.

PHAEDRA.

Non omnis animo cessit ingenuo pudor.

Paremus, altrix. Qui regi non vult, amor Vincatur. Haud te, fama, maculari sinam.

Haec sola ratio est, unicum effugium mali.

Virum sequamur. Morte praevertam nefas.

HIPPOLYTUS. ACT. I. SCEN. H.

+ HIPPOLYTE, ACT. I. SCEN. IIl. | $e1 PHEDRE.

Je le suivrai sur toutes les mers, s'il me fuit. LA NOURRICE.

Fille de Minos , souvenez-vous de votre pére. Oui; mais toi, souviens-toi de ma mère.

LA NOURRICE

Insensée ! Celui que vous aimez hait toutes les femmes. PHÈDRE.

Je n’aurai donc point de rivales.

LA NOURRICE

Songez que votre époux revient.

PHÈDRE

Il sera accompagné de Pirithoüs.

LA NOURRICE, Etne craignez-vous pas la présence de votre père ? PHÈDRE.

Mon père pardonna à ma sœur ses amours.

LA NOURRICE | se jetant aux genoux de Phèdre).

O ma fille, par le respect que doivent inspirer ces cheyeux blancs, par ce triste coeur que vous déchirez , par ce sein qui vous a nourrie, arrachez du vótre cette horrible passion, et vous méme aidez-moi à vous guérir. Ma chère enfant, le désir de la guérison a souvent guéri des maladies telles

que la vótre. | | PHÈDRE.

O ma chère nourrice, ne crois pas que la sainte pudeur soit bannie sans retour de mon âme. Non, je me rends... Il faut vaincre un amour qui ne connatt plus de frein. Je ne veux plus souiller ma réputation. C'en est fait : je vais prendre

le seul moyen de me guérir; je vais rejoindre mon époux

dans les enfers; la mort seule peut m'arracher au crime.

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