‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 94 sur 122 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

(Ov PLUTÔT ACTE Iv, SCÈNE 11.)

ARGYRIPPE, PHILÉNIE, LIBAN, LÉONIDA.

À quoi bon m'arréter plus long-temps ? PHILÉNIE.

Parce que votre présence est nécessaire à mon bonheur. ABGYRIPPE. | Portez-vous bien. .

| PHILÉNIE.

Je me porterais beaucoup mieux, si vous restiez ici. ARGYRIPPE.

Bonne santé !

PHILÉNIE.

Vous me souhaitez uhe bonne santé? Et si vous me quittez j'en tomberai malade.

ARGYRIPPE.

Votre mère m'a dit le dernier adieu, et m'a renvoyé chez moi (1).

PHILÉNIS, Elle causera la mort de sa fille, si je dois me séparer de

vous, LIBAN {à Léonida).

Parbleu ! voilà un homme qu'on a mis à la porte.

LEONIDA.

Ita res est.

ARGYRIPPUS. | Mitte quaeso.

PHILENIUM.

Quo nunc abis ? quin tu hic manes?

Nox, si voles, manebo. Audin' hunc? opera ut largus est nocturna; nunc enim est . Negotiosus interdius : videlicet Solon est, | Leges ut conscribat, quibus se populus teneat : gerrae. Qui sese parere adparent hujus legibus, profecto Numquam bonae frugi sient, dies noctesque potent. LEONIDA.

Nae iste hercle ab ista non pedem discedat" : si licessit , Qui nunc festinat, atque ab hac minatur sese abire. LIBANUS.

Sermoni jam finem face tuo: hujus sermonem adcipiam, ARGYRIPPUS.

Vale.

PHILENIUM.

Quo properas? | ARGYRIPPUS.

, Bene vale: apud Orcum te videbo.

Nam equidem me , jam quantum potest, a vita abjudicabo. PHILENIUM. | Cur tu, obsecro, inmerito meo me morti dedere optas?

L'ASINAIRE. ACT. IIl. SCÉN. IIL.|557

LÉONIDA {à Liban).

Oui, selon toute apparence. | ARGYRIPPE.

Laissez-moi aller.

PHILÉNIE.

Pourquoi vous en aller? que ne restez-vous ici ? ABGYRIPPE.

J'y passerai, si vous le voulez, la nuit avec vous."

LIBAN {à Léonida).

L'entends-tu? comme il aime les travaux nocturnes! car c'est un homme qui ne manque pas de besogne pendant la journée. C'est un vrai Solon (s) pour dicter des lois et pour gouverner un peuple... Bagatelles ! De pareilles lois ne conviendront jamais qu'à des mauvais sujets et à des ivrognes.

LÉONIDA.

II s'en faut bien qu'il ose s'éloigner d'elle, quand elle le congédierait ; et malgré l'empressement qu'il témoigne, et ces menaces qu'il lui fait de partir, il ne la quittera pas.

| LIRAN.

Mets fin à ton bavardage ; laisse-moi écouter ce qu'il dit. ARGYRIPPE (à Philénte)..

Adieu!

PHILÉNIE.

Où courez-vous ainsi? — ARGYRIPPE.

Adieu ! nous nous reverrons chez les morts. Oui, c'en est fait; dés ce moment je renonce à la vie.

PHILÉNIE.

Cruel! pourquoi vouloir me condamner à mourir? l'ai-je donc mérité ?

ARGYRIPPUS.

Ego te? quam si intellegam deficere vita , jam ipse Vitam meam tibi largiar, et de mea ad tuam addam. PHILENIUM.

Cur ergo minitaris tibi te vitam esse amissurum ? Nam quid me facturam putas , si istuc, quod dicis , faxis? Mihi certum est , efficere in me omnia eadem quae tu in

te faxis.

ARGYRIPPUS.

O melle dulci dulcior mihi tu es.

PHILENIUM.

Certe enim tu vita es Mihi : complectere.

ARGYRIPPUS.

Facio lubens.

PHILENIUM.

Utinam sic efferamur !

LEONIDA.

O Libane, ut miser est homo qui amat!

LIBANUS.

Immo hercle vero Qui pendet, multo est miserior.

LEONID A.

Scio , qui periculum feci.

Circumsistamus : alter hinc, hinc alter adpellemus. LIBANUS.

Here, salve : sed num fumus est haec mulier , quam

amplexare?

Moi, vous causer la mort? Ah ! pour prolonger votre vie,

j'abrégerais plutôt la mienne. | |

PHILÉNIE.

Pourquoi donc me menacer d'attenter à vos jours? Si vous en agissiez ainsi, malheureux | savez - vous ce que je ferais? Je suis résolue de suivre en tout l'exemple que vous voulez donner.

ARGYRIPPE.

Oh ! vous êtes pour moi plus douce mille fois que le miel. | PHILÉNIE.

Vous faites le charme et le bonheur de ma vie. Embrassons-nous.

ARGYRIPPR.

Bien volontiers.

" PHILÉNIE.

Plût au ciel qu'en cet instant un méme bücher noüs consumát tous les deux !

LÉONIDA.

O Liban, Liban ! qu'un amoureux est à plaindre ! LIBAN. EE Celui qui est suspendu par les pieds pour recevoir: les étrivières l'est encore davantage.

LÉONIDA, Je le sais, je l'ai bien éprouvé. Mettons-nous l'un d’un côté, l'autre de l'autre, et nous appellerons. Argyrippe. LIBAN. | Bonjour, mon cher maître; celle que vous embrasser estelle donc un nuage de fumée? ^

ARGYRIPPUS.

Qui dum ?

LIBANUS.

Quia oculi sunt tibi lacrumantes , eo rogavi. ARGYRIPPUS.

Patronus qui vobis fuit futurus, perdidistis. Equidem hercle nullum perdidi : ideo, quia numquam ullum habui.

Philenium , salve.

PHILENIUM.

Dabunt di, quae velitis , vobis.

| LIBANUS.

Noctem tuam et vini cadum velim , si optata fiant. ARGYRIPPUS. !

7 Verbum cave faxis, verbero.

| | LIBANUS.

Tibi equidem , non mihi opto.

AR GYRIPPUS.

Tum tu igitur loquere quod lubet.

LIBANUS.

Hunc hercle verberare.

LEONIDA.

"Quisnam istuc adcredat tibi, cinaede calamistrate ? Tun' verberes, qui pro cibo habeas te verberari?

| AR GYRIPPUS.

| Ut vestrae fortunae meis praecedunt, Libane, longe, Qui hodie numquam ad vesperum vivam E

LS

ARGYRIPPE.

Pourquoi me fais-tu cette demande ?

LIBAN

Je vous la fais, parce que vos yeux pleurent. ARGYRIPPE.

Vous avez perdu celui qui devait être votre plus ferme appui.

LIBAN

Ma foi, je n'ai pas perdu mon appui, car je n'en eus jamais.

LÉONIDA {à Philénie).

Je salue Philénie.

PHILÉNIE.

Que les dieux comblent vos souhaits!

LIBAN

Je ne demanderais qu'une nuitcomme la vôtre, et un muid de vin, si ce que je souhaite arrivait. - . ARGY RIPP E.

Fripon, prends-garde à ce que tu dis!

LIBAN

C’est pour vous, et non pour moi, que je forme des vœux. ARGYRIPPE. | Dis donc ce que tu voudras.

LIBAN (en montrant Léonida)..

Ma foi, rossez ce coquin-là !

LÉONIDA.

Qui pourrait se flatter de le mériter autant que toi? petit mignon, avec ta belle frisure! on ne te rosse pas, toi, on te

nourrit de coups. | . ARGYRIPPE.

Liban, vous êtes tous les deux cent fois plus heureux que moi. Je ne verrai pas aujourd'hui la fin du jour.

| LIBANUS. | | Quapropter, quaeso?

ARGYRIP PUS.

Quia ego hanc amo, et haec me amat : huic quod ego dem, nusquam quidquam est.

Hinc med amantem ex aedibus delegit hujus mater. Argenti viginti minae me ad mortem adpulerunt, Quas hodie adolescens Diabolus ipsi daturus dixit, Ut hanc ne quoquam mitteret, nisi ad se hunc annum totum.

Videtin' viginti minae quid pollent, quidve possunt ? Ile, qui illas perdit, salvus est : ego, qui non perdo,

pereo.

| LIBANUS.

Jam dedit argentum ?

ARGYRIPPU S.

Non dedit.

LIBANUS.

Bono animo es, ne formida.

LEONIDA.

Secede huc : Libane, te volo.

mM LIBANUS.

Si quid vis.

ARGYRIPPUS.

| Obsecro vos, Eadem istac opera suavius est complexos fabulari ? | LIBANUS. | Non omnia eadem aeque omnibus, here, suavia esse scito:

L'ASINAIRE. ACT. III. SCÉN. IIL 545

LIBAN

Et pourquoi, je vous prie ?

| ARGYRIPPE.

Parce que j'aime Philénie, et que j'en suis aimé; mais comme il ne me reste plus rien à lui offrir, sa mére m'a mis à la porte. Vingt mines d'argent causeront ma mort. Le : jeune Diabole a promis de les donner aujourd'hui méme, pourvu que Ckérete consentit à n'accorder sa fille qu'à lui seul, pendant une année. Voyez-vous le prix et le pouvoir de ces vingt mines? Il est heureux en les perdant, et je suis perdu, parce que je ne les ai point.

LIBAN

À-tl déjà compté la somme?

| AB G& Y RIPP E.

Non.

IBAN.

Rassurez-vous , ne craignez rien.

LÉONIDA (à Liban).

Je voudrais te dire quelque chose ; viens ici.

LIBAN

Que veux-tu ?

( Liban et Léonida se parlent à l'oreille).

ARGYRIPPE.

Dites-moi, je vous prie, vous trouvez donc un grand plaisir en vous tenant ainsi embrassés ?

Apprenez, mon cher mattre, que toutes les embrassades

Vobis est suave amantibus complexos fabulari : Ego complexum hujus nihil moror.

^ LEONIDA.

Meum autem haec adspernatur.

Proinde istud facias ipse, quod faciamus, nobis suades. ARGYRIPPUS.

Ego vero, et quidem edepol lubens; interea, si videtur, Concedite istuc.

LEONIDA.

Vin' herum deludi?

LIBANUS.

Dignu' st sane.

LEONIDA.

Vin’ faciam ut me Philenium praesente hoc amplexetur ?

LIBANUS.

Cupio hercle.

} LEONIDA.

Sequere hac.

ARGYRIPPUS.

Ecquid est salutis? satis loquuti?

LEONID A.

Auscultate , atque operam date, et mea dicta devorate Primum omnium servos tuos nos esse non negamus : Sed si tibi viginti minae argenti proferentur, Quo nos vocabis nomine ?

ARCYRIPPUS. | Libertos.

ne se ressemblent pas pour la douceur. Vous autres amants, vous y trouvez encore plus de plaisir que nous. Au reste, je fais peu de cas des caresses de ce dróle.

LÉONIDA.

Comme votre mattresse ne me traite pas avec mbins de mépris, je vous conseille, mon cher maître, de faire 'YOUSméme avec elle ce que vous essayez de nous persuader.

ARGYRIPPE.

Ma foi, j'y suis très-disposé ; cependant, si vous le jugez à propos, retirez-vous de cóté.

LÉoNIDA (parlant bas à Liban).

Veux-tu t'amuser aux dépens de ton mattre ?

LIBAN

En vérité, il le mériterait bien.

LÉoNIDA (& Liban).

Veux-tu que Philénie m'embrasse en sa présence méme ? LIBAN.

Je le souhaite de tout mon cœur.

LÉONIDA {à Liban).

Suis-moi de ce côté.

ARGYBIPPE. Que puis-je espérer ? avez-vous fi? - LÉONIDA (à Argyrippe).

Or, écoutez-moi très-attentivement, et ne perdez pas un mot de ce que vous allez entendre. D'abord nous en faisons l'aveu, nous sommes vos esclaves t mais si l'on vous présentait vingt mines d'argent, de quel nom nous appelleriez-vous ?

ARGYRIPPE.

Vous obtiendrez celui d'affranchis ?

LEONIDA.

Non patronos?

ARGYRIPPUS.

Id potius.

LEONIDA.

Viginti minae lic insunt in crumina :.

Has ego, si vis, tibi dabo.

ARGYRIPPUS.

Di te servassint semper, Custos herilis, decus populi ; thesaurus copiarum, Salus interioris hominis , amorisque imperator! Hic pone , hic istam conloca cruminam in collo plane! LEONIDA.

Nolo ego te, qui herus sis mihi , onus istuc sustinere. ARGY RIPPUS.

Quin tu labore liberas te, atque istam inponis in me? LEONIDA.

Ego bajulabo : tu, ut decet dominum, ante me ito inanis. ARGYRIPPUS.

Quid nunc? quid est? quin tradis huc cruminam pressatum herum ?

LEONID A.

Hanc, cui daturus hanc, jube petere atque orare mecum. Nam istuc proclive est, quod jubes, me plane conlocare. PHILENIUM.

Da, meus ocellus, mea rosa, mi anime ; da, mea voluptas,

Leonida, argentum mihi ; ne nos dejunge amantis ! Y

LÉONIDA.

Ne mériterions-nous pas celui de patrons? | ARGYRIPPE.

Je ne saurais vous le refuser.

: LÉONIDA.

Là, dans cette bourse, il y a vingt mines; je vous les donnerai, si vous voulez.

ARGYRIPPE.

Que les dieux veillent toujours sur toi, sauveur de ton maître, ornement du peuple, trésor de richesses, la joie du cœur humain, l’arbitre de l'amour! Donne-moi cette bourse, que je la suspende en équilibre sur mon cou !

LÉONIDA.

Mon maître se chargerait de ce fardeau ? je n'y consentirai point.

Pourquoi te fatiguer à le porter plus long -temps? Je m'en chargerai volontiers.

. LÉONIDA. .

Point du tout, je le porteraï (3). Les convenances exigent

que mon maítre marche devant moi, les mains vides. ARGYRIPPE.

Que fais-tu donc? qui te retient? pourquoi ne me donnes-

tu pas dés à présent cette bourse pleine d'argent? LÉONIDA.

C'est qu'il faut que celle à qui vous la destinez me la demande elle - méme ;. car cette bourse, que vous m'ordonnez de placer en équilibre sur votre cou, pencherait toujours d'un cóté ou d'autre. |

PHILÉNIE.

Donne, mon petit œil, ma rose, mon cœur! mon tendre

Léonida, donne-le-moi cet argent : me désunis pas deux amants !

LEONIDA. | Dic igitur me tuum passerculum , gallinam, coturnicem ; Agnellum : hoedillum me tuum dic esse, vel vitellum : Prehende auriculis, compara labella cum labellis. ARGYRIPPUS.

Ten' osculetur, verbero ?

LEO NID A, Quam vero indignum visum est!

Atqui pol hodie non feres, ni genua confricantur. Quid vis? egestas imperat" : fricentur : da nunc quod oro. PHILENIU M.

Age, mi Leonida, obsecro, fer amanti hero salutem! Redime istoc beneficio te ab hoc, et tibi eme hunc isto argento ! | LEONIDA.

Nimis bella es atque amabilis : et si hoc esset meum, hodie Numquam me orares quin darem : illum te orare meliu ‘st. Illic hanc mihi servandam dedit ; i sane, bella, belle. Cape hoc sis , Libane.

ARGYRIPPUS.

Furcifer, etiam me delusisti !

LEONIDA.

Numquam hercle facerem , genua ni tam nequiter fricares, | Agesis tu in partem nunc jam hunc delude, atque am plexare hanc. .

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