‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 39 sur 96 · A UNE JEUNE PASSAGÈRE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE PASSAGÈRE

SUR LE rONT, PAR UNE NUIT DE TEMPÊTI

Quoi! vous dans cette nuit, jeune et pâle inconnue! Étrangère, et pour moi cependant déjà sœur! Sur ce pont ténébreux, quoi, vous êtes venue De l'ouragan terrible affronter la noirceur!

Afin d'étudier cette mer en colère Dont les flots mugissants bondissent par troupeaux. Vous avez, sous le pont, laissé votre vieux père Et le hamac flottant qui donne le repos!

Ah! ce qu'il vous faudrait à vous, ô jeune Ùlle, Ce n'est pas la tempête aux aflreux tourbillons;

2i8 LES POËMES DE LA MER.

C'est une nuit de mai, quand tout l'azur scintille,

Quand le rossignol chante à l'écho des vallons;

Ce serait la villa des collines heureuses. Où, penchée au balcon de parfums inondé, \'ous pourriez aspirer les brises amoureuses, Et voir luire un beau ciel, d'étoiles tout brodé.

Et pourtant vous venez, du sabord d'un navire, Contempler cette mer qui se creuse en tombeaux. Interroger la voix du flot qui se déchire. Et du vent qui s'engouffre aux voiles en lambeaux!

Dites! qui vous a fait, à vous pareille aux anges, Cet attrait du péril, ce besoin de terreurs? D'où te viennent, enfant, ces caprices étranges? D'où te vient cette soif des suprêmes horreurs?

L'étoile n'aime pas le ciel noir qui la voile, La colombe n'a pas les instincts de l'aiglon : Qui donc a mis en vous colombe, en vous étoile, L'amour de l'éclair fauve et de l'âpre aquilon?

Ah! je le sens : il est, à l'époque où nous sommes, Un terrible démon qui court de toute part.

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