LA GROTTE
Cris d'amour, chants de deuil, colères, agonies. Baisers, rugissements, fanfares de vainqueurs : Elle a tous les accords, toutes les harmonies, Qui s'exhalent sans fin de la lyre des cœurs !
Soit aux vastes forêts, soit aux vents, soit à l'onde, Quand Dieu donne une voix, et leur dit de chanter, C'est une langue étrange, une langue profonde. Immense, qu'à genoux on devrait écouter.
Elle est toujours la même, elle est toujours diverse; Et, malgré les chmats, les siècles différents. L'homme, dont la pensée avec elle converse, Lui dit : Parle toujours, parle, je te comprends!
C'est que chacun de nous, myriades sans nombre D'oiseaux expatriés dont le ciel fut le nid. Prête à sa passion, à son rêve, à son ombre, L'idiome éternel que parle l'infini!
C'est qu'au rivage, enfin, cette voix, suivant l'heure, Me traduit ma tristesse, ou mon doute ou ma foi; C'est que, si tu t'en vas, avec moi le flot pleure, Et que, si tu reviens, le flot chante avec moi !