L\ VISTE
Tes bruits, et dans ton calme et dans ta fureur même Sont un liymno au Très-Haut, par lui-même noté!
La jeune illusion berçait alor.? mon àme! Peut-être que sa voix, disais-je, me réclame, Que sa vague en pleurant appelle mon retour. Car pour qui maintenant se ferait-elle entendre? Quelqu'un sur son rivage est-il pour la comprendre? Qui pourrait, après moi, l'aimer de tant d'amour?
Je naquis sur ses bords : au refrain de la vague, Ma mère entremêlait quelque chant triste et vague Alors qu'elle attirait le sommeil sur mes yeux. Je n'avais qu'un berceau formé d'algues flétries. Et je dormais, pendant que ces deux voix chéries Continuaient tout bas 1(mu' chant mélodieux!
Enfant déjà plus fort qui du logis s'évade.
Que de moments passés, dans un coin de la rade,
A rechercher le ver qu'on fixe aux hameçons,
A voir cingler les bricks qui manœuvraient au large,
A courir dans le flot, à chanter sur sa marge
Les premiers vers d'Homère appris dans mes leçons!
L'ombre venue, enfin, quand l'oiseau sous la feuille S'abrite, et que l'enfant sous le toit se recueille. Que de songes divins tour à tour m'y berçaient! Pressentiments d'amour ou chimères de gloire, Que de rêves, sortis de la porte d'ivoire. De leurs bras caressants jusqu'au jour m'enlaçaient!
Hélas! j'ai su, depuis, que ces rêves sans nombre Mentaient; dans ses liens la réalité sombre, Captif, m'a promené, m'a traîné gémissant... J'ai passé le désert sans ombre et sans fontaines : Aux soins les plus ingrats, aux tâches les plus vaines, La cruelle a donné le meilleur de mon sang.
Amours faux, trahisons, morts plus douces peut-être.
Quels maux l'âpre destin ne m'a-t-il fait connaître!...
Mais que dis-je? pourquoi réveiller la douleur?
A l'oubli désormais je jolto ma souffrance.
Je vous revois, ô flots! chers compagnons d'enfance,
Et ne me souviens plus que de ma vie en fleur!