STELLA MARIS
Je gravis lentement la pieuse colline Dont la Reine des mers habite les hauteurs, Et, franchissant le seuil de l'église marine, Je me mêle en silence aux premiers visiteurs.
Humbles groupes épars, fidèles de tout âge, Femmes que l'aube trouve aux portes du saint lieu, Mousses qui vont partir pour leur premier voyage. Vieux marins, désormais réfugiés en Dieu.
Sous l'arceau tapissé de guirlandes votives.
Sous ces mille tableaux d'un informe dessin,
Que de psaumes fervents, que d'antiennes plaintives,
Balbutie à genoux le matinal essaim!
.V mon tour je t'implore, ô céleste clémence! Pour tous les voyageurs dispersés sur les eaux. Pour tous les malheureux qui, sur la mer immense. S'en vont accomplissant leurs éternels travaux^ !
Ils n'ont pour tout abri qu'une planche de chêne. Pour gage de salut que l'étoile qui luit.
1. Qui dosccndunt maro in navibus, facicntcs oporationcm iii aquis miiltis {Psaume CVI).
Et sans cesse debout, tant la mort est prochaine, Ils ne croisent les bras ni le jour ni la nuit.
Est-ce pour que leur nom partout s'étende et brille. Que, d'une âme si ferme, ils courent aux dangers? Non! non! ils vont chercher pour une humble famille Un peu de la moisson faite aux bords étrangers.
Tels ces hardis oiseaux qu'instruisit la nature, Délaissant leurs petits sous les rameaux des bois, ^ ont, à travers les cieux, recueillir la pâture Qu'attend au bord du nid la couvée aux abois.
Qu'ils reviennent comme eux, par les vents favorables, Ceux qui glanent la vie au rivage lointain ; Qu'ils reviennent bientôt, riants et secourables. Dans les mains de leurs fils partager le butin.
Les voilà, ces enfants séparés de leurs pères, Chacun venant du sien demander le retour : Aux marches de ton temple amenés par les mères. Les vois-tu devant toi s'incliner chaque jour?
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Oui, ton œil leur sourit, ô patronne suprême ! Espoir et patience enfin leur sont rendus. Ils sortent de l'église, et, parfois, du seuil même, Voient rentrer dans le port les vaisseaux attendus.
Mais que de fois aussi, déjouant leur attente. Que de fois la tempête emporte loin des bords Ces navires en deuil, penchés sous l'eau battante. Et pareils, dans leur fuite, à des coursiers sans mors!
Ah! quand l'ouragan noir sur eux tombe en furie. Aux cris désespérés quand les cieux restent sourds, A toi seul appartient d'attendrir, ô Marie, Dieu qui fait le péril et qui fait le secours !
Pour sauver tant de cœurs d'une infortune amère. Parle, parle toi-même à ce Dieu tout-puissant Qui jadis, enfant pauvre et docile à sa mère. Inclinait devant toi son front obéissant;
Qui, plus tard, dédaignant la tempête farouche, Dans l'esquif des pêcheurs dormait au bruit des flots, Et, tranquille au réveil, d'un seul mot de sa bouche Faisait rentrer soudain la mer dans son repos !