‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 6 sur 96 · LES OCÉANIDES · texte numérisé non relu

LES OCÉANIDES

Filles (le Thétis, la fécoude mère, filles du vieil Océan, dont les flots roulent autour de la terre et ne s'endorment jamais.

EsCHVliE (Promélhée).

Seul avec la douleur qui partout l'accompagne, Un soir que le poëte errait sur la montagne, En regardant la mer déroulée au couchant, Un murmure, une voix lointaine, entrecoupée. L'atteignit... Son oreille était-elle trompée? Non! Sous les vagues sons de cette mélopée. Il reconnut bientôt les paroles d'un chant :

« Que fais-tu loin de nous sur ces hauteurs sauvages, Enfant né sous nos yeux, enfant de nos rivages,

Que nous avons bercé dans nos souples roseaux? Fuis ces sommets, ingrats comme le cœur des hommes. Point de doux entretiens là-haut, point de doux sommes. Viens, redescends vers nous qui t'aimons, et qui sommes Les filles de la mer, les déesses des eaux!

« Ami, n'avons-nous pas, dés longtemps, la coutume D'endormir le chagrin, d'adoucir l'amertume, D'étancher de nos mains et le sang et les pleurs? Au sommet d'une roche inculte, inhabitée. Quand, ravisseur du feu céleste, Prométhée Souffrait silencieux la peine imméritée.

Qui monta jusqu'à lui pour calmer ses douleurs?

« Ce fut nous : notre foule à peine est avertie, Elle prend son essor vers le mont de Scythic Qui du fils de Japet est l'implacable autel. En vain du noir vautour il était la pâture; Nous, berçant notre vol sur son lit de torture. Nous lui parlions d'espoir et de gloire future. Et nous versions le baume au flanc de l'immortel.

« Siècles évanouis, dont s'efface l'image!

Dans l'univers, alors, tout nous rendait hommage;

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Notre divinité rayonnait sur les flots. . Au départ, au retour des courses maritimes, Le pilote à nos pieds immolait des victimes, Et nos grottes d'azur, ouvrant sur les abîmes. Nous répétaient sans fin les vœux des matelots.

« Du superbe Océan nous étions la famille, Nous étions la tribu célèbre, qui fourmille Comme les flots pressés dans ses vastes bassins. Aux heures où s'endort le vent longtemps rebelle. Combien du dieu des mers la puissance était belle, Quand, pareil au pasteur d'un grand troupeau qui bêle. Il menait après lui nos ondoyants essaims!

« Et quel beau jour encor dans nos riches annales.

Quand, sous un vent d'avril, aux heures matinales,

L'écume de la mer soudain frémit sur nous.

Et qu'on te vit sortir de notre bleu domaine,

Déesse de l'Amour! belle Anadyomèno,

Vénus! beauté divine à force d'être humaine.

Dont tous, hommes et dieux, embrassent les genoux.

« Que de moments passés à mirer aux eaux pures Nos épaules d'argent, nos glauques chevelures

Qu'étoilaient lo corail et l'ambre du rocher ! Que de nuits à nager près des plages sereines, A folâtrer, tandis que nos soeurs les Sirènes Attiraient à l'écueil par leurs voix souveraines La barque désireuse et craignant d'approcher!

« Cet heui'eux temps n'est plus. Nos royaumes sans bornes S'étendent désormais solitaires et mornes. Plus de joyeux ébats, de fêtes ni de jeux! Hélas! pourquoi faut-il qu'un tel pouvoir expire! Un Dieu plus grand que nous a repris son empire : C'est lui seul maintenant qui dans les eaux respire, Lui qui fait leurs beaux jours et leurs jours orageux.

« Eh bien, n'importe, ami! n'importe; sur nos grèves, Viens promener ton deuil, et ta joie, et tes rêves; Viens, par les sombres temps ou par les cieux plus doux. Si, déesses des mers, nous en fûmes bannies. Nous y restons encor, fantômes ou génies. Et nous avons toujours de vagues harmonies A chanter au passant qui se souvient de nous.

(' Viens donc, viens ! tu sauras par nous bien des mystères, Nous te dirons l'hymen des ondes et des terres.

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