Le bourdon de Xotre-Dame de la Garde
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Au milieu de l'encens, des llanibeaux, des cantiques, l/évêciue a prononcé les paroles mystiques, 11 a dit les versets qu'on écoute à genoux ; Et, comme un nouveau-né dans la Cité romaine, Te voilà dès ce jour, bronze catéchumène, Te voilà notre frère à nous !
Oui, notre frère à nous! car, sitôt que l'eau sainte A coulé sur la cloche au milieu de l'enceinte, La matière n'est plus un élément brutal ; (-"esl un être animé d'une secrète flamme, C'est un sonore esprit qui chante, c'est une âme Qui palpite dans le métal.
Cirande âme qui résonne à travers la matière. Elle s'unit dès lors à notre vie entière. Tour à tijur elle dit la joie ou les douleurs; Des enfants au berceau fêtant la chaste aurore, Ou, sur les trépassés que la tombe dévore, Jetant ses glas comme des pleurs.
Mélodieuse voix des vieilles basiliques,
Elle appelle vers Dieu les foules catholiques,
Solennise les saints dont on bénit les noms;
308 LES VOËM ES DE LA M El!.
Et, vienne à retentir l'écho d'une victoire, La cloche tout à coup, qui s'enivre de gloire. Chante plus haut que les canons!
Monte donc, cloche sainte, à la tour qui t'appelle ! Colosse de métal, monte sur la chapelle Qui des sommets voisins couronne le granit! Ce clocher te convient, bâti sur la redoute : Sublime oiseau de bronze, il te fallait sans doute Une citadelle pour nid !
Et là, de ces hauteurs chères à la Madone,
Aux quatre vents du ciel que ta voix s'abandonne,
Avec les éléments qu'elle ait des entretiens.
Ni la foudre, ta sœur, grondant aux jours d'automne,
Ni l'Océan voisin qui sur la grève tonne,
N'auront des bruits pareils aux tiens.
Quand un navire part et de loin te regarde. Désormais tes adieux, ô Vierge de la Garde, Par delà l'horizon suivront les matelots ; Et des mondes lointains quand un navire arrive, Ton salut, bien avant qu'il découvre la rive, Ira l'accueillir sur les flots !
LE r.AI'TftME DU MOU RI) ON. 309
Mais la foule, à tes pieds, se recueille en silence. Le formidable airain s'agite, il se balance, Il jette un premier son musical et vibrant; Puis, vase qui répand son eau quand on l'incline. Le bourdon qui se penche inonde la colline Do son mélodieux torrent.
Chante, vaste bourdon! chante, cloche bénie! Répands, répands à flots ta puissante harmonie, \'erse-la sur la mer et les champs et les monts; Et surtout, dès cette heure où ton hymne commence, Entonne dans les cieux un chant de joie immense Pour la cité que nous aimons!
Garde-la des fléaux et de toute discorde. Que jamais une main ne s'attache à ta corde Pour lancer dans les airs les clameurs du tocsin. Que ta haute musique, à jamais bienvenue, Comme un verbe de Dieu descende de la nue Et réjouisse notre sein.
Sois pour nous le signal d'une fête éternelle;
Et, dans les temps futurs, quand le vent, de son aile.
Aura rongé la date inscrite à tes parois,
310 LES l'OË-MES DE LA MER.
Parle encor de concorde et de vertu civile A tous ceux de nos fds qui, dans la grande ville, Recueilleront ta grande voix!
Octobre 1845.