ALCYONS
Aies miserabiliri.
Ovide.
Venez, fuyez, rasez avec vos grandes ailes
La surface du gouffre amer, Montez et descendez, farouches hirondelles
Do la tempête et de la mf>r!
Assis sur le rivage où la vague fumante
Brise à mes pieds ses tourbillons, Longtemps je vous poursuis des yeux dans la tourmente,
Alcyons, tristes alcyons!
Vous aimez, n'est-ce pas, ces sombres étendues, Ces hurlenifnts dans les récifs.
Ces broussailles au vent qui frissonnent pendues
A la fente des rocs massifs ?
Vous aimez ce soleil qui projette au rivage
Le feu de ses derniers rayons?
Tout cela vous attire à son charme sauvage,
Alcyons, tristes alcyons 1
Me reconnaissez-vous? Je suis pourtant un frère :
Comme vous, rêveur éternel, Plus que le doux zéphyr j'aime le vent contraire,
L'orage plus que le beau ciel.
Ne m'avcz-vous pas vu tout enfant sur la rive?
Cœur altéré d'émotions, J'étais là, me berçant à votre voix plaintive,
Alcyons, tristes alcyons 1
Vos destins sont pour l'homme un étrange mystère :
Toujours suspendus sur les eaux, Vous ne vous posez pas, et vous laissez la terre
Abriter les autres oiseaux.
L'aigle a le roc sublime et le moineau la tuile,
L'alouette a les verts sillons ; Vous n'avez sous les cieux, vous, qu'une onde mobile.
Alcyons, tristes alcyons!