‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 77 sur 96 · A UN POËTE SATIRIQUE · texte numérisé non relu

A UN POËTE SATIRIQUE

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Lenesque sub uoctem susurri.

Horace.

« Un jour enfin, disais-je, il faudrait le connaître Ce nouveau Juvénal, en rimes passé maître, Dont le vers, fabriqué dans un moule puissant, Comme un marteau d'airain, frappe en retentissant. Quel est-il? d'où lui vient cette humeur de bataille? A-t-il d'un vieux lutteur l'encolure et la taille? De cette Némésis qu'appellent tous ses vœux Voit-on les longs serpents mêlés à ses cheveux? Son rapide regard, feu d'une âme irascible, Pénètre-t-il en vous comme un trait dans la cible;

Et sa voix, quand il parle, a-t-elle un de ces sons Qui de la tête aux pieds font courir les frissons?» Ainsi, — car nous aimons à nous faire une image Des poètes dont l'œuvre appelle notre hommage, Et, selon leur esprit et leurs travaux divers. Nous donnons à chacun l'allure de son vers, — Ainsi, croyant trouver en ton livre un augure, J'avais voulu, de loin, façonner ta figure. Et de tes derniers vers encor tout frissonnant. En toi je croyais voir un Jupiter Tonnant! Mais hier, introduit dans ta haute retraite. Pour la première fois je te vis, ô poëte! Et, réprimant soudain ma secrète terreur. J'annulai le portrait qu'ébaucha mon erreur. Non, tu n'étais en rien ce grand dieu de la Fable Qui jamais ne sut dire une parole affable. Et qui, tyran du ciel, d'un froncement des yeux. Sur l'Olympe ébranlé faisait pâlir les dieux. On pouvait t'écouter et te voir sans secousse; Ton regard était bon, ta parole était douce; Elle avait même un peu cet accent alourdi Qui trahit dans le Nord les enfants du Midi.

Puis, le soir, emportés par l'agile nacelle

A UN POÈTE SATIRIQUE. 3il

Loin des quais de la ville où le bruit nous harcèle, Nous nous étions assis, trois amis, à l'écart, A l'un de ces banquets dressés par Policard^, Maritimes festins où l'on sert aux convives La moule et la clovisse aux lèvres encor vives. Et les tributs squameux du liquide élément, Que l'incessante pêche apporte incessamment. Là, tandis que la nuit tendait sa brune toile, Tandis qu'apparaissait une première étoile. Et que, venu du golfe, un zéphire marin Nous apportait des flots le paisible refrain, Nous avions, à nous trois, sur la haute terrasse. Un de ces entretiens comme en voulait Horace, Épanchements du cœur murmurés lentement.

Et qu'un grave silence interrompt par moment.

Et toi, tu nous parlais d'une heureuse vallée

Où tu vécus jadis ton enfance isolée :

Du désert de Saint-Jean, solitaire séjour

Où l'on rencontre à peine un passant en un jour;

Des bois de pins flottant sur la colline agreste.

Du plateau de bruyère, où seule au milieu, reste

] . Ancien hottlier, sur les rochers de la Réserve.

Je ne sais quelle tour, vestige des vieux temps, Dont pas un n'a connu les anciens habitants; De tes premiers travaux et de tes jeux rustiques, Et de la maison, chère à tes dieux domestiques. Où tu grandis avec tes frères et tes sœurs, Et qui maintenant s'ouvre à d'autres possesseurs. Et moi, jo recueillais dans mon âme attendrie Tes souvenirs pieux d'enfance et de patrie. Et j'admirais qu'ainsi, sans foudre et sans autel. Mon Jupiter Tonnant ne fût qu'un doux mortel !

Alors, un souvenir de mes pèlerinages

Renouvelant en moi ses récentes images,

Je songeai que naguère, au beau pays romain,

Un jour que je suivais un antique chemin.

Je vis à l'horizon s'élever, solitaire.

Un mont dont le sommet semblait un noir cratère,

Et ce mont, que souvent la flamme sillonna.

Était, me dit le guide, un rival de l'Etna.

Sans suspendre ma course et sans reprendre haleine,

Je marchai droit à lui, franchissant bois et plaine,

Et vallons où dormaient les troupeaux accroupis,

Et sillons ondoyants où couraient les épis.

A la fin j'atteignis ma montagne... 0 surprise!

A UN i'oëtl; satirique. :m

C'était un mont charmant : il berçait à la brise Mille fleurs dont ses flancs étaient partout couverts, Et les oiseaux du ciel chantaient dans ses bois verts. Il sommeillait sans lave et sans bruit de tonnerre ; Et, foulant à loisir ce volcan débonnaire Au bord même du gouiïrc, cncor plein de chaleur, Moi, pour tout souvenir, je cueillis une fleur!

A COURDOUAN

Par les jours brillants, par les nuits de brume, Tu peignis la mer; je la décrivis.

Nous étions rivaux; mais, à mon avis, L'habile pinceau fit mieux que la plume.

De l'azur du ciel un pinceau se teint, Dans l'azur de l'onde un pinceau se trempe; Il vole souvent où la plume rampe, Il ne s'éteint pas quand elle s'éteint.

Va toujours, ami, suis toujours ta voie. Pour la mienne, moi, quel que soit mon goût, Je ne vois jamais que de l'encre au bout, Que de l'encre au bout d'une plume d'oie!

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