ACTE DEUXIEME
OCTAVIE
Pourquoi donc pas?
SAINTE-AGATHE
Un homme usé! un homme de la seconde jeunesse! dont la première a été si peu exemplaire!
OCTAYIE.
Ces hommes-là sont parfois les meilleurs maris.
SAINTE-AGATHE
Qui a eu toute sa vie des liaisons scandaleuses!..
PRÉVENQUIÈRE.
C'est de l'histoire ancienne.
SAINTE-AGATHE
Pas si ancienne. N'était-il pas en tiers, il n'y a pas longtemps, dans le ménage d'un agent de change?
PRÉVENQUIÈRE.
D'un agent de change?
SAINTE-AGATHE
A ce que j'ai entendu dire. On faisait même cette plaisanterie que, le haron étant spirituel et beau, le mari bête et laid, il était juste que ce dernier payât les différences.
PRÉVENQUIÈRE, inquiet.
Comment s'appelait cet agent de change?
Je n'ai pas même demandé son nom! Je n'ai jamais été curieux de scandale. Je crois d'ailleurs qu'il est mort.
PRÉVENQUIÈRE, se levant.
Ah! il est mort? Et sa veuve s'est remariée?
SAINTE-AGATHE
Je ne vous dirai pas... je n'écoutais que d"une oreille.
Mais, pour peu que cela vous intéresse, je suis en mesure d'avoir les détails les plus précis.
PRÉVENQUIÈRE.
Oh ! mon Dieu, non,., je n'y tiens pas autrement.
SAINTE-AGATHE
Ne fût-ce que pour édifier madame la comtesse sur les mérites de son protégé.
OCTAVIE
Ma protection n'est pas assez active pour que vous preniez tant de peine.
SAINTE-AGATHE
Pardonnez-moi, madame ; mon élève et moi, nous y attachons beaucoup de prix, et nous ferions tout au monde pour nous l'assui'er.
OCTAVIE
Contentez-vous de ma neutralité.
C'est déjà quelque chose, c'est assez ■pour le moment; mais j'espère que je mériterai mieux. Je cours chez la duchesse de Morvan, et je reviens achever la soirée auprès de vous, madame, puisque vous daignez le permettre. Monsieur le comte, à tout à l'heure, (a part.) Débrouillez-vous, mes petits amis.
Il sort.