ACTE TROISIEME
CATHERINE
Ah! vous avez parlé de moi?
ADHÉMAR
Les oreilles ne vous ont-elles pas tinté? J'ai fait votre éloge à Champlion depuis le Café Anglais jusqu'à la Madeleine, aller et retour... C'est n:ême ce qui m'a perdu. Cette conversation m'avait animé ; au lieu d'aller me coucher comme un bon père de famille, je suis monté au Cercle; j'ai trouvé une partie engagée, d'Estrigaud taillait la banque; ' j'aurais diî me méfier de sa veine.
CATHERINE
Est-ce qu'il est déloyal, même au jeu?
Non, mais il a une chance de... pendu, (a part.) C'est ma faute. (Haut.) Je fais un louis, et, une demi-heure après, je perdais quinze mille francs sur parole,., le reste de mes écus.
CATHERINE
Pauvre garçon!
ADHÉMAR
Le pire de l'affaire, c'est qu'il va falloir tout déç.arer à ce bon M, de Sainte-Agathe,
CATHERINE
Pourquoi?
ADHÉMAR
N'est-ce pas lui qui a mes fonds ? Il ne m'a encore remis que deux mille francs, avec force recommandations d'économiser ; quand il saura que j'ai grignoté le reste dans son tiroir... quel quart d'heure !
CATHERINE
On dirait qu'il vous fait peur?
ADHÉMAR
Peur, non! mais il m'a tant corrigé quand j'étais petit, qu'il m'en reste un respect involontaire... oh! bien involontaire I
CATHERINE
Pourquoi n'êtes-vous pas mon frère au lieu d'être mon cousin! je pourrais payer vos dettes.
Merci; mais, si j'étais votre frère, je serais aussi riche que vous.
CATHERINE
C'est vrai... et vous auriez bien de la peine à faire des iettes.
ADHÉMAR
Oh! — on ne fait pas ces choses-là soi-même... (a part.), :;t en s'adressant aux bonnes faiseuses...
UN DOMESTIQUE
Madame la comtesse fait demander si mademoiselle est Trête.
CATHERINE
Dans un moment.
Le domestique sort.
ADHÉMAR
Vous sortez?
CATHERINE
Oui. J'accomp3gne Octavie chez la duchesse de Morvan.
ADHÉMAR
Bon! Champlion va trouver visage de bois.
CATHERINE
Il doit venir?