‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 22 sur 358 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

CAMILLE

Comment va le procès de Léa ?

Il va... mais sa fortune y court grosse aventure. L'héritier du mari nous fait une ouverture Qui vaut mieux, selon moi, qu'un procès incertain, Et pour en conférer je l'attends ce matin.

PAUL

Et Léa? Tu ne peux rien conclure sans elle.

Ma dernière dépêche en hâte la rappelle.

CAMILLE, se levant.

Mais d'un moment à l'autre alors on va la voir? Quel plaisir ! qu'en dis-tu, Paul ?

PAUL

Qu'il faut te rasseoir.

CAMILLE, se rasseyant.

Ce tlegme!

PAUL

Son retour n'a rien qui me remue.

Pauvre tante ! cinq mois que nous ne l'avons vue !

PAUL

Elle ne manquait pas à mon bonheur.

CAMILLE

Eh bien, Tant pis pour vous, monsieur : elle manquait au mien.

Je le croyais complet.

C A. MILLE

Non ! je n'avais personne A qui le raconter.

Bien répondu, mignonne; Mais crois-tu que ce soit un récit très-pressant Lorsque son deuil de veuve est encore si récent ?

CAMILLE

Son mari, disait-on...

Elle avait à s'en plaindre ; Mais tout ressentiment par la mort doit s'éteindre. Ne lui raconte rien, crois-moi : les bonnes gens N'étalent pas leur luxe aux yeux des indigents.

PAUL

Des sensibilités à ce point délicates

Chez madame de Clers? Je crois que tu la flattes ;

Elle me fait l'effet d'une tête à l'évent

Qui se soucie autant d'un mort... que d'un vivant.

CAMILLE

C'est l'âme la plus noble et la plus généreuse !

PAUL

Alors, de ton bonheur elle serait heureuse?

RORESTIER, à Camille.

Dans le doute tais-toi, dit la Sagesse.

CAMILLE

A moins Qu'elle ne m'interroge.

PAUL

Auquel cas, je t'enjoins,

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