ACTE DEUXIÈME
JEAN
J'aspire à vivre honnêtement d'un travail honnête.
HORTEN'SE.
Quel travail vous donnera chevaux et voitures ? Prétendez-vous me suivre à pied dans le tourbillon qui m'emporte ? Croyez-vous que ma vanité de femme y trouverait son compte ?
C'est par vanité que vous voulez faire de moi un agioteur"?
HORTENSE
Agioteur ! Il a des mots du siècle dernier ! Quelle drôle d'époque que cette Bretagne ! — Supposez-vous que M. de Montlouis et tant d'autres gentilshommes soient cotés agioteurs? Au lieu de faire valoir leurs terres, ils font valoir leurs capitaux, et personne ne songe à demander leur profession. Ils n'en ont pas d'autre que de mener grand train. C'en est une et non des moins utiles peut-être ; ils sont les metteurs en circulation. Faites comme eux, soyez de votre temps, soyez de votre monde... et du mien!
JEAN
Si vous m'aimiez, Hortense, vous ne me demanderiez pas de vous suivre dans votre tourbillon, comme vous dites : vous en sortiriez vous-même.
HORTENSE
Est-ce que c'est possible ? C'est mon élément, ce tourbillon ! D'ailleurs vous ne m'aimeriez bientôt plus, si je cessais d'être une des reines de la mode... Ne levez pas les épaules, c'est la vérité. Voyons, Thomé : je suis un peu votre aînée par l'âge et beaucoup par la science de la vie... croj'ez-moi et obéissez-moi.
JEAN
Vous le voulez'?
348 JEAN DE THOMMERAY.
HORTENSE
Je le veux.
Voilà l'homme qu'il faut êti'e pour vous plaire? Vous ea êtes bien sûre ?
HORTENSE
Bien sûre.
JEAN
Eh bien, je le serai... et puissiez-vous ne le regretter jamais !
HORTENSE
Que voulez-vous dire? — Où allez-vous?
JEAN
Au jeu.