‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 246 sur 358 · ACTE TllOISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TllOISIÈME

une des plus dangereuses. Il n'y a qu'une femme qui puisse faire tant de mal et si vite ! — Que Dieu lui pardonne ! La malheureuse sera assez punie si elle t'aime ; en abaissant ton idéal jusqu'à elle, elle a semé dans ton cœur son propre châtiment. Tu l'abandonneras pour descendre encore, et déjà te voici à la courtisane, c'est-à-dire au mépris de l'amour... Ne nie pas, nous t'avons entendu. — Jean, mon fils, arrache-toi à ce milieu empoisonné, il en est temps encore! Remonte à ta vertu première, reviens te purifier près de Marie... Tu ne réponds pas!

Quel abus faites-vous de votre empire sur moi! Que me demandez-vous?

LA COMTESSE

Je te demande de tenir la foi jurée. L'honneur de ton temps te permet-il d'y manquer?

Ai-je donc juré d'épouser Marie à jour fixe? Et croyezvous le moment bien choisi? Il y a des choses plus faciles à dire à un père qu'à une mère; mais enfin, puisque vous avez surpris ou deviné les secrets de mon existence, trouvezvous que je sois en état de grâce suffisante pour le mariage? Le milieu où je visa allumé dans ma tète et dans mon sang des ardeurs funestes, soit! mais vous ne les éteindrez pas avec un verre d'eau. Faites plutôt la part du feu, dans l'intérêt même de Marie; je l'épouserai un jour...

LA COMTESSE

Non! tu ne l'épouseras pas! Tu feras un mariage d'argent; voilà où tu vas.

Je viens de refuser une dot d'un million cinq cent mille francs.

376 J£AN DE THOMMERAY.

LA COMTESSE

Tu l'aceepteras demain! Du mépris de i'amour au mépris du mariage, il n'y a qu'un pas. Au nom du ciel, entendsmoi ! Écoute ta vieille amie ! Si c'est trop que te demander un retour définitif, accorde-nous un mois, accorde-nous htiit jours! Viens te retremper dans l'atmosphère de la famille. Si la pure lumière de ta vie d'autrefois ne chasse pas de ton cerveau troublé les hallucinations de la fièvre, eli bien! tu nous quitteras... et cette fois pour toujours... Tu ne peux pas me refuser cela !

JEAN

Je ne peux rien vous refuser, ma mère!

LA COMTESSE

Nous partons ce soir...

JEAN

Je vous rejoindrai dans le courant de la semaine.

LA COMTESSE

Non! Pars avec nous... autrement tu ne partirais pas!

JEAN

Mais... ce soir, c'est bien court...

LA COMTESSE, lui mettant ses bras autour du cou.

Je t'en supplie!., fais-moi la grâce tout entière! Je ne vivrais pas là-bas jusqu'à ton arrivée... Laisse-moi emporter mon trésor avec moi!

JEAN, lui prend la tête dans les mains et l'embrasse.

A quelle heure partez-vous?

LA COMTESSE

A huit heures.

Vous me trouverez à la gare.

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