‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 340 sur 358 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

HENRI, REYNOLD, toas deux assis sur le canapé.

Je souffre beaucoup à te confier tout cela , mais il faut bien que tu saches dans quelle famille tu t'obstines si généreusement à vouloir entrer. Ah! tu es heureux, toi, d'avoir an père digne de ce nom 1

Je ne peiix pas t'en donner la moitié, mais j'accepte carrément la moitié du tien. Il sera moins lourd à porter sur quatre épaules. Et veux-tu savoir le fond de ma pensée ? Je suis enchanté que mon futur beau-père ne soit pas l'homme qu'il m'avait semblé d'abord: ses torts sont la justilicalion de ta mère.

HENRI

N'est-ce pas? C'est horrible à dire, mais cette révélation, qui m'avait d'abord accablé, me soulage maintenant. Si M. Merson n'était qu'un homme de plaisir, un étourdi égoïste, malgré tous ses torts envers nous, malgré mon profond amour pour ma mère, mon cœur resterait déchiré entre eux.

508 MADAME CAVERLET.

Il n'hésite plus; il est tout entier du parti de ma mère ; et c'est pourquoi je ne veux pas qu'elle accepte la prétendue grâce que M. Merson avait eu l'adresse de me faire implorer,

REYNOLD

Tu as mille fois raison. Mais qu'allez-vous faire pour vous délivrer de lui?

HENRI

Je n'en sais rien, et n'en veux rien savoir. Ce n'est pas là

ce qui me tourmente ; c'est notre situation en dehors de lui.

î^lle est effroyable! Cette pauvre maison, si heureuse hier,

■ $i régulière, si honorée, est bouleversée pour toujours. Nous

faisons un effort devant Fanny qui doit tout ignorer...

REYNOLD

Mais qui ftnira par s'étonner de cette contrainte si cet état de choses se prolonge.

Il ne se prolongera pas. M. Gaverlet avec sa noblesse ordinaire m'a offert de quitter la place...

REYNOLD

Ah ! c'est bien !

HENRI

J'ai rélléchi toute la nuit. Eh bien, non! je ne peux pas séparer ces deux êtres si bien faits l'un pour l'autre, si étroitement unis par Les côtés les plus élevés de l'âme, qui m'ont tous les deux entouré de tant de tendresse et de dévouement...

REYNOLD

Et pourtant tu ne peux pas rester entre eux.

HENRI

Non! Mais j'ai une patrie maintenant. Je vais la servir.

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