‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 72 sur 358 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME DE VERLIÈRE, en robe de chambre, les cheveux poudrés. Elle est assise dans une bergère, au coin de la cheminée, coupant les feuillets d'un livre. M. DE LANC\ entre par la porte de droite.

LANCY, sur la porte.

Pardon, chère voisine, c'est moi. Ne grondez pas votre camériste, elle m'a déclaré de son mieux que vous n'y étiez pour personne ; mais je lui ai fait observer qu'un propriétaire n'est pas quelqu'un : ce raisonnement l'a subjuguée. Maintenant, faut-il que je m'en retourne?

MADAME DE VERLIÈRE.

Vous êtes bien heureux que ce soit vous !

LANCT.

Ce livre est donc bien intéressant ?

MADAME DE VERLIÈRE.

Je n'en sais tien : je le coupe. Puisque vous voilà, mon cher Lancy, vous m'aiderez à attendre, car j'attends.

LANCY, remar'juant qu'elle a les cheveux poudrés.

Qui ? Le carnaval ?

MADAME DE VERLIÈRE.

0 mon Dieu, non. Je ne serais pas poudrée de si bonne heure pour le bal, je vous prie de le croire.

LANCY

Alors ?

MADAME DE VERLIÈRE.

Quel est donc ce mystère, n'est-ce pas ? Je ne veux pas avoir de secrets pour vous : on m'a mis ce matin de l'eau athénienne, et on m'a poudrée pour sécher mes cheveux. Êtes-vous satisfait ? — A propos, je vous remercie de votre bouiTiche. Vous êtes le roi des chasseurs et le modèle des propriétaires.

LANCY

Va pour le premier compliment ; mais le second tombe maL

MADAME DE VERLIÈRE.

Vous m'inquiétez. Voudriez-vous m'augmenter, par hasard?

LANCY

Pis que cela. Je viens vous signifier congé.

Est-ce une plaisanterie ?

LANCï.

Hélas ! l'homme du monde ne se fût pas permis de forcer votre consigne ; tant d'audace n'appartenait qu'à l'homme d'affaires.

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