‹ Théâtre completChapitre 158 sur 287 · SCÈNE III JULIEN, CAMILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE III JULIEN, CAMILLE

JULIEN

Camille, où t'en-vas tu si vite?

CAMILLE

Petit père, Je vais dans le jardin jouer avec la terre.

JULIEN

As-tu lais ta lecture?

CAMILLE

Oui... C'est-à-dire non!

C'est dimanche aujourd'hui.

JULIEN

Respect au droit canon.

Mais on peut embrasser son père le dimanche?

CAMILLE

Oh ! oui.

Elle court à lui et l'embrasie *tir les deux joues.

286 GADRIELLE.

JULIEN, la prônant dans ses bras.

Te voilà belle avec ta robe blanche!

CAMILLE

C'est ma bonne qui m'a coiffée, et pas maman, ' Parce qu'elle lisait dans un livre.

JULIEN, à part.

Un roman!

CAMILLE

Pourquoi faire lit-elle après qu'elle sait lire?

JULIEN

Ma foi, je serais bien en peine de le dire,

Car elle a constamment ouvert devant les yeux

Le livre le plus pur et le plus gracieux

Que poète ait jamais tiré de sa cervelle...

Un enfant rose et blanc qui grandit autour d'elle!

— Tu ne me comprends pas, mais cela m'est égal. Va, cher petit roman de mon destin banal,

Ma seule rêverie et ma seule aventure.

Ce n'est pas moi qui cherche un bonheur en peinture!

Ta présence suffit à verser largement

La gaité dans mon cœur et l'attendrissement;

El la seule chimère à laquelle je tienne,

C'est de jeter ma vie en litière à la tienne,

0 cher trésor! — Elle est si belle, qu'on rirait

Si j'osais avouer qu'elle est tout mon portrait!

— M'aimes-tu bien au moins?

CAMILLE

Oui, bien! bien!

JULIEN

Va, cher ange.

Ton père t'aime aussi diablement en échange!

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