SCÈNE III JULIEN, CAMILLE
JULIEN
Camille, où t'en-vas tu si vite?
CAMILLE
Petit père, Je vais dans le jardin jouer avec la terre.
JULIEN
As-tu lais ta lecture?
CAMILLE
Oui... C'est-à-dire non!
C'est dimanche aujourd'hui.
JULIEN
Respect au droit canon.
Mais on peut embrasser son père le dimanche?
CAMILLE
Oh ! oui.
Elle court à lui et l'embrasie *tir les deux joues.
286 GADRIELLE.
JULIEN, la prônant dans ses bras.
Te voilà belle avec ta robe blanche!
CAMILLE
C'est ma bonne qui m'a coiffée, et pas maman, ' Parce qu'elle lisait dans un livre.
JULIEN, à part.
Un roman!
CAMILLE
Pourquoi faire lit-elle après qu'elle sait lire?
JULIEN
Ma foi, je serais bien en peine de le dire,
Car elle a constamment ouvert devant les yeux
Le livre le plus pur et le plus gracieux
Que poète ait jamais tiré de sa cervelle...
Un enfant rose et blanc qui grandit autour d'elle!
— Tu ne me comprends pas, mais cela m'est égal. Va, cher petit roman de mon destin banal,
Ma seule rêverie et ma seule aventure.
Ce n'est pas moi qui cherche un bonheur en peinture!
Ta présence suffit à verser largement
La gaité dans mon cœur et l'attendrissement;
El la seule chimère à laquelle je tienne,
C'est de jeter ma vie en litière à la tienne,
0 cher trésor! — Elle est si belle, qu'on rirait
Si j'osais avouer qu'elle est tout mon portrait!
— M'aimes-tu bien au moins?
CAMILLE
Oui, bien! bien!
JULIEN
Va, cher ange.
Ton père t'aime aussi diablement en échange!