ACTE pi; EMIER
ADKIENNE.
Si tu Taimais toujours, tu serais plus contente.
Je t'assure...
ADRIEXNE.
Voyons, prends-moi pour confesseur; Ne suis-je pas un peu ta mère, un peu ta sœur? Tu ne peux pas avoir d'ennui qui ne soit nôtre. Tu n'aimes plus Julien.
Je n'en aime pas d'autre, Du moins.
AD RI EN NE
Pauvre Julien ! Que lui reproches-tu ?
Ne te conduit-il pas dans le chemin battu Et ne te fait-il pas la voiture assez douce Pour ne sentir jamais ni cahot ni secousse?
Oh ! sans doute, il m'assure un train de vie égal
Et me donne en effet tout le bonheur légal...
C'est un homme d'esprit, sans contredit, un homme
Laborieux, loyal, noblement économe;
Il est bon, il me traite avec grande douceur,
Et je serais heureuse à n'être que sa sœur...
Mais que m'importe encor cette paix de ma vie.
Si de quelque tendresse elle n'est pas suivie ?
C'est bien sa faute, va, si mon cœur est changé !
Si tu pouvais savoir les mécomptes que j'ai ;
Contre quels plats calculs, quelles vérités plates
Mes rêves ont heurté leurs ailes délicates ;
En quelle crudité de sentiments bourgeois '
Se sont changés les doux entretiens d'autrefois ! Plus de projets à deux, de mutuelle extase ! Sa vie est un damier dont j'occupe une case, Rien de plus. Je complète un état de maison Et lui sers seulement à n'être plus garçon. Est-ce là que devaient aboutir ses promesses De transports éternels et de saintes tendresses, Lorsque nous bâtissions un riant avenir Dont je suis maintenant seule à me souvenir !
ADRIENNE
N'accuse pas Julien, n'accuse que la vie De ton illusion si promptement ravie !
Va, c'est notre malheur à toutes d'ignorer Que de son rêve d'or nul ne peut s'emparer; jNous n'épuiserions pas en de vaines poursuites L'humble part de bonheur où nous sommes réduites. Si quelque expérience eût su nous prévenir Que l'amour nous promet plus qu'il ne peut tenir. Mais nous croyons en lui; notre foi nous abuse. C'est lui qui nous trahit, c'est l'amant qu'on accuse. On en change, espérant qu'un autre accomplira L'idéal adoré dont le cœur s'enivra, Et l'amour, dont on presse encore le mystère. Nous laisse de nouveau la main pleine de terre. On reconnaît alors, on reconnaît trop tard, Qu'on était arrivée au but dès le départ.
Adrienne, n'as-tu que ces tristes paroles Pour soutenir les cœurs souffrants que tu consoles? L'amitié de Julien, quoi ! tout l'amour est là? Quoi ! je ne peux plus rien rencontrer au delà, Et dois désespérer sur ce premier déboire? Non ! je ne te crois pas, je ne veux pas te croire !