‹ Théâtre completChapitre 30 sur 287 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

On rencontre une fennne, et, pour louer ses veux, On n'a d'autres moyens (jue s'en dire amoureux? A Chypre, mon pays, jamais on n'exai^ère, Et nous aimons surtout un coni[)liment sincère.

C LIMAS.

Parlons donc franchement; je l'aime mieux aussi,

Et suis las de jouer à l'amoureux transi.

Je vous avoùrai donc, et d'un c(eur véritable,

Que, sans vous aimer fort, je vous vois fort aimable :

Et, si vous me rendiez un peu ce sentiment,

Jamais vous n'auriez eu de plus commode amant.

IIII'POLYTE, h part.

Qu'entends-je

CLIXIAS.

Je suis fait peut-être de manière A n'avoir pas besoin d'être riche pour plaire, Et je suis cependant plus riche et généreux Que ne le fut jamais un barbon amoureux. Mes palais, mes trésors seront votre partage; Et si, par un hasard, je mourais avant l'âge, Quelque legs opulent, splendide souvenir. Vous ferait à jamais un tranquille avenir. D'ici là, le plaisir, sans quoi tout est chimère, Embellirait vos jours...

Où donc es-tu, ma mère?

CLIXIAS.

Votre mère est trop loin pour en apprendre rien.

HIPPOLYTE

Oui, je vois que je suis bien seule et sans soutien.

Allez, Seiç^neur, allez, poursuivez votre offense. Sûr que personne ici ne prendra ma détense.

CLINIAS, à part.

Hein?

HIPPOLYTE

Hélas! si quelqu'un eût osé m'outrager, C'est sur vous que j'aurais compté pour me venger» De revoir mon pays vous devant l'assurance, Je croyais simplement, dans ma reconnaissance, Que vous m'accorderiez votre protection, Pour honorer en moi votre bonne action.

CLINIAS, à part.

Me serais-je trompé?

HIPPOLYTE

Jusqu'où va cet outrage!

Vous m'insultez malgré ma faiblesse et mon âge^ Vous m'insultez malgré ces liens, cliers à tous, La sainte parenté du bienfait entre nous; Enfin, honte plus grande, impiété plus haute! Vous m'insultez chez vous, moi libre, moi votre hôte~

Assez! épargnez-moi, car mon front a rougi. Oui, j'ai stupidement et lâchement agi : J'aurais dû voir combien vous différez des autres,. Et sur leurs sentiments ne pas juger les vôtres. Mais un cœur qu'ont changé les penchants dissolus^ Rencontrant la pudeur, ne la reconnaît plus; Et c'est le châtiment terrible qu'il s'apprête. De n'être plus jamais touclic par rien d'honnête l Votre mépris m'est dû pour ma brutalité;

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