ACTE DEUXIÈME
HIPPOLYTE
Ne pouvait-il se taire?
Comme si nos adieux étaient trop doux à faire...
Après une pause.
Puisqu'il vous a livré le secret de mon sort, Fuyez donc maintenant pour ne pas voir ma mort.
HIPPOLYTE
Non ! à moins que d'avoir en parlant la promesse Que vous vivrez.
CLINIAS
Eh quoi ! mon sort vous intéresse?
Allez! cette existence, à l'instant de finir. Ne vaut pas un regret, pas même un souvenir. Ma mort est nécessaire; il faut que je périsse Pour me tirer enOn de ce bourbier du vice.
HIPPOLYTE
Lorsque je vous dois tant...
CLIN I A s.
Vous ne me devez rien C'est moi qui vous doit tout, et vous le savez bien; .Je vous dois... un instant de fierté qui m'enivre; .le vous dois de mourir tel que j'aurais dû vivre! Dans un dédain haineux mon cœur s'était serré Au spectacle des gens dont j'étais entouré, Et j'avais, méprisant compagnons et maîtresses, Laissé tarir en moi la source des tendresses. Enfin de ces méchants j'étais presque l'égal, Et n'avais plus de bon que la haine du mal,
Quand vous êtes venue en mon orgueil aride Epancher la fraîcheurdo votre âme limpide, El mettre dans mon cœur, aux portes du tombeau^ La douceur d'admirer quelque chose de beau.
HIPPOLYTE
Ah! Seigneur, vous vivrez! votre âme raffermie Sans fléchir maintenant peut soutenir la vie; Vous saurez, fatigué d'un spectacle odieux, Qu'il existe des cœurs où reposer vos yeux...
CLINIAS
Il n'en existe qu'un, le vôtre, noble fille! Mais vous allez revoir votre heureuse famille, Et, quand vos pieds auront abandonné mon seuil, Je me retrouverais plus seul et plus en deuil Que si mon cœur jamais ne vous eût entendue. Car je vous connaîtrais et vous aurais perdue.
HIPPOLYTE
Vous en rencontrerez une autre quelque jour Aussi digne d'estime et plus digne d'amour... Vous l'aimerez, Seigneur, et connaîtrez près d'elle La paix d'une tendresse honnête et mutuelle.
CLINIAS
Qui voudrait accepter l'hymen d'un débauché, Et les restes d'un cœur par le vice séché? Croyez-vous que jamais une vierge consente A mettre dans mes mains sa jeunesse innocente'^'
A part.
Elle se tait...
Haut.
Allez! je f;ùsbion de mourirl C'est le plus sur repos où je puisse courir.
Mais vous, dont l'âme encor n'a pas de flétrissure,
Vivez longtemps, vivez tranquille autant que pure;
Soyez mère féconde aux bras d'un autre époux ;
Et que puissent les dieux, plus cléments envers vous,
Unir à votre part d'heureuse destinée
La part qu'ils me devaient et ne m'ont pas donnée!
Dites-vous quelquefois, au milieu du bonheur.
Qu'en vous voyant plus tôt j'aurais été meilleur;
Que... Mais je perds courage en cet adieu suprême.
Conservez ma mémoire...
n prend la coupe et la porte à ses lèvres HIPPOLYTE.
Arrêtez, je vous aime !
CLIN I AS, laissant tomber la coupe.
Grands dieux !L'ai-je entendu? Vous... VOUS... je suis aimé!
HIPPOLYTE
Il le faut bien.
CLINIAS
L'espoir ne m'est donc plus fermé!
Un bonheur inconnu vient d'entrer dans mon âme. Oh! je veux être heureux, je veux vivre! ô ma femme!
HIPPOLYTE
Mes parents sont à Chypre.
CLIMAS.
Eh bien, tant mieux! quittons Ce désert qu'on appelle Athènes, et partons. Adieu, mes bons amis! Adieu, ville maudite! Ta mère m'aimera, n'est-ce pas, Hippolyte? Une famille à moi! Quelle joie! et comment Ai-je pu jusqu'ici vivre différemment?
7i LA CIGUË.
Mais je suis jeune et peux réparer ma folie. Comme raffliction facilement s'oublie !
Mais vous repentez-vous déjà de mon bonheur? Quel silence!
HIPPOLYTE
J'écoute, et m'applaudis, Seigneur.