ACTE PREMIER. Il
C'est ton lot; tn naquis pour vivre chichement, El tes lils riront hien à ton enterrement.
CLÉON
Pourquoi?
CLINIAS
Le bien d'un ladre est une bonne prise.
CLÉON
Hein? qu'entends tu...?
CLINIAS
Je suis en humeur de franchise Je dirai tout. J'entends que tu nous as fait voir Un débauché fort sage à manger son avoir; Qu'en prenant part égale à nos réjouissances, Tu t'en ménageais une inégale aux dépenses; Et qu'enfin tu n'as pas la seule qualité Qui reste aux libertins, la générosité.
jN'ous voulons tous les deux nous retirer du vice, Mais moi par lassitude, et toi par avarice; Nous ne pouvons donc pas prendre un même chemin, Et j'en sors par la mort comme toi par l'hymen.
CLÉOX.
Je pourrais te répondre en d'autres circonstances; Mais il est plus pressant...
CLINIAS
Ah ! trêve aux remontrances:
Je sais tout ce qu'on peut me dire en pareil cas, Et vous m'obligerez en ne le disant pas.
CLKON.
Qui»i ! peut-on voir mourir un ami fans qu'on fasse Tout pour l'en empi'cher? Tiii-uième, à notre place...
CLINIAS
Je croirais sagement, et sans tant discourir.
Que si vous vous tuez, c'est qu'il vous plaît mourir;
Qu'allant de votre gré dans la sombre demeure,
Vous avez vos raisons pour avancer votre heure;
{Ju'enfin c'est nue chose évidente de soi
Qu'on doit permettre aux gens leur plaisir, quel qu'il soit.
PARIS
Si tu meurs par gaîté, je n'ai plus rien à dire.
CLÉON
C'est un amusement qu'on ne peut l'interdire.
PARIS
Tu préfères la mort à nous? A ton souhait.
CLÉOX.
Nous nous consolerons d'un ami qui nous hait.
CLINIAS
Vous le prenez tous deux niiisi qu'il le faut prenlre. A ce peu d'embarras j'étais loin de m'attendre, Je vous en remercie, et pour remercîment Je vous compte laisser mon bien par testament.
CLÉ ON
Généreuse amitié !
CLINIAS
Pour ce que je vous donne?
Je n'ai pas de parents, et ne connais personne. l'ne clause, d'ailleurs, que vous saurez bientôt, Vous fera bien gagner à chacun votre lot ; Vous ne me devrez rien.