SCÈNE I. — LE PROTENOTAIRE, BONIFACE
Le Protenotaire
Hé, Boniface, mon ami, Je suis desjà mort à demi, lant ce petit Dieu me tormente.
Ha, ma trop cruelle Constante !
La grand' constance de ton sort, Seule me causera la mort.
Bonifacb
Comment cela, monsieur? Vous ai- je Si long temps servi au collège*^
Pour maintenant vous défier De vostre serviteur, premier Qui en a mis les fers au feu?
Le Protenotaire
Hélas, Boniface ! pour Dieu Si jamais la fidélité De ton devoir m'a incité A récompenser ton service, Comme je doy, de mon of&ce, C'est ores qu'il te fault prévoir Au mal instant du désespoir, Et monstrer ton invention.
Boniface
Je sçay bien qu'il n'est question Que d'argent, dont avez défault :
Car le temps est venu qu'il fault Tous jours avoir argent en banque, Qui veult que la dame ne manque.
Le Protenosaire
Il est vrai : car tout mon torment Vient de cela, tant seulement, Tu sçais que nous n'avons la croix Encores qu'il y ait trois mois Avant que recevoir argent.
Boniface
Vous estes par trop diligent A faire la magnificence, Depuis qu'avez la jouissance De quarante ou cinquante escuz.
Le Protenotaire
Boniface, je ne suis plus Enfant comme je soulois estre.
LA TKESORIERE
BONIFACE
Il fault que vous soyez le maistre Doresnavant des passions De voz journelles actions.
Le Protenotaire
Je le seray. Mais penses-tu Combien est grande sa vertu, Et combien sa perfection Peult dompter mon affection?
BONIFACE
Nous voyons cela tous les jours :
Ce sont voz premières amours.
Le Protenotaire
Ce n'est point cela, Boniface :
Tant seulement sa bonne grâce, Son doux parler et son maintien.
Sans rien flater méritent bien L'amour d'un bien plus grand seigneur.
Boniface
Voylà, vous y avez le cueur :
Non pas vrayment que je desprise, Disant cela, vostre entreprise :
Mais il ne fault estre si chaud En ses affaires.
Le Protenotaire
Son cueur hault Mérite un plus parfaict service.
Mais si l'argent du bénéfice Ne suffit à telle despense?
JACQUES G KEVIN y^^
Le Protenotaire Il fault aimer en espérance; Il nous viendra quelque hazard.
BONIFACE
Ouy bien, mais possible trop tard; Il fault prévoir à son affaire.
Le Protenotaire Encore le bien de mon père Ne manquera point.
BONIFACE
Il ne pense Que nous façions si grand despense.
Le Protenotaire
Ha, je veux estre entretenu Honnestement du revenu Qui m'appartient.
BONIFACE
C'est la raison :
Car vous estes d'une maison Qui le mérite : mais aussi Il fault avoir des siens souci.
Le Protenotaire
Or, Boniface, il n'est pas heure De faire plus longue demeure, Nons avons mestier d'autre chose.
Je l'enten.
Le Protenotaire
Dont je me repose Du tout sur toy.
71 LA TRÉSORIÈRE
BONIFACE
Je feray tant Que nous aurons argent contant.
Le Protenotaire
J'ayme mieux payer l'intérest, Pourvu que le payment soit prest.
BONIFACE
Je vous pry' laissez faire à moy.
Le Protenotaire Aussi je m'en attens à toy.
Boniface
Vous le pouvez, allez m'attendre Dans le palais, j'iray vous prendre . Au repasser.
Le Protenotaire
Le Secrétaire M'y doit trouver pour quelque affaire.