SCÈNE V. — ANTHOINE, MARION
Anthoine
Voylà, voylà ma Lavandière,
Qui merque, ainsi comme fourrière,
LES ESBAHIS
Les logis d'un nouvel amour; Jamais elle n'est de séjour, Et le jour dura-il un moys.
Marion
Miche *2^ quelque fin que tu sois, Si ne m'eschapperas tu pas.
Il y fault aller par compas, Encor qu'il soit niez.
Anthoine
Et bien, Marion, de quel entretien Voulez-vous user envers moy?
Anthoine, mon fils et mon Roy, Mon petit mignon, je te prie De me faire passer l'envie, Te donnant la collation :
Car par ma foy, l'intention Que j'ay de banqueter ensemble Est plus grande qu'il ne te semble.
Anthoine
Et vrayment, j'en suis très content :
Si vous l'aymez, je l'ayme autant :
Car tout ce que plus je désire Au monde, c'est de tousjours rire Et prendre le temps comme il vient.
Marion
Anthoine, quand il me souvient
Du mal qu'il me fault endurer.
Je ne puis tenir de plorer;
Où est le temps et la liesse
Quand dame Agnès, vostre maistresse
(A qui Dieu veuille pardonner Les fautes), nous faisoit donner Du meilleur vin, prenant plaisir.
Lorsque nous estions de loisir, A rire et nous rendre contans?
Hé, ma foy, ce n'est plus le temps; Les gens du jourdhuy ne font plus Que deviser de leurs escuz.
Ce n'est rien de vostre maison Au pris de ce temps, la saison Est bien changée, aussi vrayment Vous endurez plus de tourment, Rompemens de teste et de peine.
Au meilleur jour de la sepmaine.
Qu'on ne faisoit toute l'année.
Anthoine
Marion, la chanse est tournée; Mais j'espère bien désormais De rire encor plus que jamais.
Marion
Sus, sus, Anthoine, entrons dedans.