‹ Théâtre complet et poésies choises. Avec notice et notesChapitre 93 sur 117 · L'ADVOCAT · texte numérisé non relu

L'ADVOCAT

Voulez-vous plus?

Le Gentilhomme

Ha, je le croy.

Mais, je vous prie, comtez moy Comment tout s'est si bien porté.

LES ESBAHIS

L'advocat

Je sen mon esprit transporté. Seulement à la souvenance D'une si douce jouissance.

Or, je diray, estant entré Dans le logis, j'ay rencontré Ma Madelon de prime face :

Je vous laisse à penser la grâce.

Le doux accueil et l'entretien.

Le souzris et le beau maintien Qu'eir m'a monstre; au demeurant, Ainsi que j'estais espérant Une jouissance parfaitce, Je suis entré en sa chambrette, Là où Marion nous suyvoit :

Tout incontinent qu'elle voit Que j'estay dedans, tira l'huis.

Me voyant là, comme je suis Assez chaud en telle conqueste, Je commence à lever la teste, Et voyant la fortune à poinct.

Gaillard je me mets en pourpoinct, Quand-et-quand Madelon commance A me faire une remonstrance.

Priant de ne rien attenter :

Lors je me sen plus tomenter, Voyant la larme de ses yeux; D'autant qu'estois audacieux.

D'autant senty moindrir ma force.

Ce nonobstant je me renforce, Voyant l'occasion présente; Et ores qu'eir ne fust contente, Toutefois je me délibère De laisser les pleurs en arrière, Faisant de l'aveugle et du sourd.

Or bien, pour vous le faire court.

Je vous l'embrasse et vous la jette Dessus un bout de la couchette, Elle se déffend, je poursuys, (Ayant devant verrouillé Thuys, Ce s'entend); ell' se débat; Mais, au milieu d'un tel combat.

Où la honte la déffendoit.

Amour pourtant la surmontoit, Amour pourtant en fut vainqueur, Couvrant ses yeux d'une rougeur.

Avecques une honneste honte :

« Amour, dit-elle, me surmonte; Adieu l'heur de mes jeunes ans ! »

Pensez, cousin, quel passetemps,

Le Gentilhomme Oy, pour vous, frère.

Julien

Hélas, hélas, Julien, que tu serois las.

Et dégousté, et mal contant.

Si tu n'en faisois bien autant !

Non, non, je vay gaiger ma vie Que^ le mignon l'a affranchie Du loup-garrou tout à la chaude.

Le Gentilhomme

Cousin, allons-nous en chez Claude Je vous veux monstrer le tendron.

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