XVII NOTICE SUR GRÉVIN
Le sujet de cette épître : éloge d'Elisabeth, de ses vertus de souveraine, de son érudition. Le titre n'est pas modeste. Grévin va mourir de chagrin, et il veut finir par un chef-d'œuvre. Or, le Chant du Cigne n'est pas un chefd'œuvre. N'en faisons pas grief à l'auteur. Il ne l'a jamais publié, et c'est par grand hasard qu'il nous en est parvenu une copie manuscrite1. Il reste que le Chant du Ciguë est une curiosité littéraire et un renseignement biographique.
Grévin ne demeura pas longtemps en Angleterre. Le Chant du Cigne est de janvier 1560 (a. s., donc 1561). Le 16 février suivant2, on jouait au collège de Beauvais deux nouvelles œuvres de Jacques Grévin, une tragédie, César, et une comédie, Les Esbahis. Ou l'auteur était revenu et il assistait au succès de ses deux pièces, ou il n'était pas encore de retour et leur succès allait lui rouvrir le chemin de la France. De toute façon, il a besoin d'être bientôt là, car une chose le presse, qui doit lui tenir au cœur plus que tout, plus que la poésie : l'achèvement de ses études médicales. Nous allons retrouver son nom sur les Commentaires de la Faculté de médecine : il a soutenu une thèse le 14 juin 1561, il figure sur une liste des licenciés de l'année3. Avec d'autres licenciandes, il a encouru une
1. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds latin, n« 17075, fl. 87-92.
2. Date fournie par Grévin. Nous pouvons ici constater le peu de confiance que mérite le chevalier de Mouhy. Selon lui, César et les Esbahis auraient déjà été joués antérieurement, et la représentation de 1561 aurait été non pas une première, mais une reprise. Il est peut-être préférable de s'en rapporter au témoignage de Grévin luimême.
3. Commentaires mss. de la Faculté de médecine, t. VII, ff. 50 v°, 62 v°.
NOTICE SUR G RÉ l 'IN XVIII
amende pour n'avoir pas répondu à quelque appel, quod in lempore non responderint K Nous savons pourquoi : il était <c au bort de la Tamise ».
Le voilà licencié, c'est-à-dire médecin. Le doctorat, titre alors fort rare, n'était pas exigé comme de nos jours pour l'exercice de la médecine. Le licencié recevait, comme le mot l'indique, la permission de pratiquer son art.
Grévin fit aussitôt paraître un volume qu'il devait tenir tout près depuis quelque temps : le privilège est du 16 juin 1561, deux jours après la thèse. Il est intitulé : Le Théâtre de Jaques Grévin de Clermont en Beauvaisis, à trèsillustre et trèshaulte Princesse Madame Claude de France, duchesse de Lorraine. Ensemble, la seconde partie de VOlimpe et de la Gélodacrye. Claude de France, fille de Henri II, avait épousé en janvier 1558 (a. s.) Charles III, duc de Lorraine. Grévin nous apprend que la Trésorier c avait été écrite « pour servir aux nopces » de cette princesse, mais se trouva « pour quelques empeschemens différée» jusqu'au mois suivant. Dans une ode datée de 1559, il félicite sa protectrice d'avoir
Divinement marié Les vertus avec la jeunesse.
Avec la jeunesse, certainement. En 1559, la duchesse de Lorraine avait douze ans. Elle en avait quatorze quand Grévin lui dédiait son Théâtre.
Faisons ce qu'elle n'a probablement pas fait. Ouvrons ce Théâtre et examinons-le avec l'attention dont il est digne.