NOTICE SUR GRÉVIN XLVI
genres différents, plus de seize mille vers d'un mérite rare pour l'époque; auteur dramatique, il a écrit une tragédie, qui est fort belle, et deux comédies, qui sont charmantes, et qui se placent, celles-ci comme celle-là, tout à fait à l'aurore de notre théâtre moderne, en sorte qu'il est de ceux envers qui on acquitte une dette de reconnaissance, comme le veut Colletet, en leur faisant honneur d'avoir ouvert une voie où leurs successeurs acquerront tant de gloire. Un devancier : voilà le grand mérite de Grévin. On s'explique que Théophile Gautier, féru de ces romantiques du xvie siècle que furent les hommes de la Pléiade, ait songé à le comprendre dans une histoire projetée des « Précurseurs de Corneille1. »
Cependant, « la France l'a dédaigné. » On l'ignore, ou presque. Comment en eût-il été autrement quand ses écrits n'existent qu'à l'état d'exemplaires très rares dans quelques bibliothèques ? On ne les a jamais réimprimés d'ensemble, et enfin il a fallu l'initiative personnelle d'un éditeur lettré pour que le présent florilège rende Grévin accessible à tous. Puisse le monde studieux lui faire un bon accueil. Il le mérite. Son œuvre a enrichi notre patrimoine national. C'est un ancêtre.
Lucien Pinvert.
DONNEMARIE-EN-MONTOIS. S Octobre igzi.
i. Maxime Du Camp, Théophile Gautier, Faris, 1895, p. G 3.