‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 58 sur 113 · SCÈNE V. — LE PROTENOTAIRE, BONIFACE, CONSTANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — LE PROTENOTAIRE, BONIFACE, CONSTANTE

Le Protenotaire Ma Constante se plainct de moy, Et m'accuse, comme je croy, De ce que je demeure tant A venir.

Constante Ah ! trop inconstant !

Et moy trop facille à le croire !

Je pensoy le Protenotaire Estre digne d'un plus grand heur :

Mais je croy que son serviteur A pris sur lui plus de puissance Qu'il ne feict onc d'obéissance.

Le Protenotaire Ha Boniface ! maintenant J'aperçoy que tout ce tourment Ne luy vient sinon que de moy.

Constante L'amour donc n'aura plus de loy?

On n'en fera donc plus de compte?

L'impatience me surmonte, Je n'en sçaurois plus endurer.

Constante

Encor' qui me iaict espérer, C'est la mort après longue attente.

Le Protenotaire

Las ! que pensez- vous, ma Constante, En vous menassant du trespas?

Boniface [à part].

Le voylà pris, il a son cas, La dame le tient à son aise.

Constante

Hélas ! monsieur ne vous desplaise, Je vous pensoys estre plus loing.

Le Protenotaire

Comment, mon cueur? comment, mon soing?

Penseriez-vous bien qn'en amour

Je voulsisse29 faire un tel tour?

Vous n'avez expérimenté

Quel vouloir ha ma fermeté,

Encor' vous n'avez asseurance

Quelle est en amour ma constance.

Boniface [à part].

Il en a tout au long du bras.

Constante

Pardonnez moy, mon seul soûlas, L'amour est tousjours soubçonneux.

Boniface [à part].

C'est l'ordinaire entre amoureux, Qui faict que la foy se renforce :

Car c'est d'amour subtile amorse Que les débats de deux amans.

Jacques g rl vis- Le Protenotaire

La mort puisse mes jeunes ans Plustost retrancher en ma fleur, Que je soy jamais serviteur D'une autre dame que de vous.

Jamais l'amour ne me soit doux, Si par mon infidélité Je sers à une autre beauté.

Plustot me laisse tout amy, Et plustost me soit ennemi L'aspect de mon astre fatal.

Boniface [à part].

Il est au plus fort de son mal.

Il n'y a rien dessoubz les cieux Ou pire, ou plus audacieux.

Constante

Aussi vous sçavez, monseigneur, Que mon corps et tout mon honneur Vous fut abandonné par moy Sur l'asseurance de la foy, Comme seul digne d'estre aimé.

Aussi tousjours ay-je estimé Mon heur favorisé des dieux, Comme celuy seul sous les cieux, Qui est heureux en ses amours.

Boniface [à part].

C'est la coustume, on voit toujours Ces jeunes gens à marier Devenir fols.

gi LA TRÉSORIË RE

Le Protenotaire

Le Trésorier A-il desjà gaigné le hault?

Constante

Non pas encore, mais il fault Entrer céans, et vous cacher :

Encor faut-il se dépescher, Car il n'est pas loing.

Le Protenotaire

Mais comment?

S'il demouroit plus longuement?

Constante Il est sur le poinct de partir.

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