SCÈNE V. — GÉRARD, JULIEN, MARION
GÉRARD
Je pry Dieu que ce mariage
Se porte bien, et que j'en voye
Sortir une aussi grande joye
Qu'il fust avec contentement
Encommancé premièrement.
Car ce me seroit grand douleur
De voir Madalêne, en la fleur
Et beau printemps de son jeune aage,
Endurer en ce mariage
Chose qu'à poinct.
Julien
Tout est perdu; Par le corps, mon maistre est vendu.
Voyci Gérard.
Marion
Sus ! de par Dieu, Ne puissent-ilz partir du lieu Sans appaiser suffisamment La grande ardeur de leur torment.
Il est dedans, je l'ay laissé, Il me semble, assez avancé Pour gaillard se mettre en pourpoint :
Et je crois qu'il n'y aura poinct De leur différent, qui ne soit Vuidé présentement.
Julien
Et bien?
Quelle mine? quel entretien?
JACQUES GRÉVIN j7o
Marion Le meilleur du monde.
Julien
Mais quoy?
Voyci Gérard.
Merci de moy !
Point, point, je trouveroy moyen De savoir tout : toy, Julien Va-ten en mon logis attendre Ton maistre : car il s'yra rendre Là dedans.
Julien
Ce sera bien faict.
Mais, s'il les prend dessus le faict, Tout nostre jeu sera gasté.
Marion
Il n'en fault estre tormenté, J'y pourvoiray si bien.
Gérard
Voyci Marion en bien grand souci.
Ça semble.
Marion
Mais, sire, comment Estes-vous icy, cependant Que devez prévoir aux affaires Et autres choses nécessaires Pour le banequet? Vous sçavez bien Que les serviteurs ne font rien
LES ESBAHIS
Sans leur maistre, qui en fait plus Avecque une couple d'escus Qu'ils ne font de demy-douzaine.
GÉRARD
J'y ay pourveu; mais Madalêne A-elle laissé son gros cueur ?
Marion
Ma foy, ce n'estoit que la peur Qu'elle avoit de vous délaisser.
GÉRARD
C'est seulement pour l'avancer
Ce que j'en fay, je veux aussi
Qu'elT m'obéisse tout ainsi
Que l'enfant est tenu au père;
Tout ce qu'il me plaist luy doit plaire,
Et ne vouloir ce que ne veux.
Marion
Il ne faut estre rigoureux Jusque là, car une doulceur Peult beaucoup esmouvoir le cueur D'une fille, et bien d'avantage Que penser geener son courage.
GÉRARD
Je le sçay bien, et n'eust esté Que j'ay voulu sa liberté, Il y a long temps que ceci Fust depesché : mais, tout ainsi Que des choses faictes soudain, On s'en repent le lendemain.
Aussi j'ay bien voulu attendre L'occasion de l'entreprendre,
A fin de ne m'en repentir; Et si veux bien l'en advertir. Allons ensemble en adviser.
Marion
Laissons-les un peu deviser.
Le sire Josse y est entré.
GÉRARD
Comment ne l'ay-je rencontré Allant vers là?
Marion
Et si je pense Que Madclon mesme le tence De ce qu'il est si négligent.
Gérard
Quoy? qu'il ne vient assez souvent La voir?
Marion
C'est cela mesme, voire.
Et si vous le pouvez bien croire; Car moy mesme je les ay veus S'entrebrasser, voulez-vous plus?
Elle première l'agassoit.
GÉRARD
Or je prie à Dieu que ce soit Pour le salut de tous les deux.
Or sus, allons parler à eux.
Marion
Allez-vous en en la salette,
Je montray jusqu'en la chambrette
Les appeler.
GÉRARD
Vous dictes bien.
Marion [à part].
Merci de moy, hé quel moyen, Qu'est-il de faire? si faut-il Monstrer un esprit plus subtil.