‹ Théâtre complet et poésies choisies de Jacques GrévinChapitre 92 sur 113 · SCÈNE III. — LE GENTILHOMME, AGNÈS, JULIEN, L'ADVOCAT · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — LE GENTILHOMME, AGNÈS, JULIEN, L'ADVOCAT

Le Gentilhomme

Madame, pour le bon amour Que je vous porte, asseurez vous Tant de moy, que j'auray tousjours Cinquante escus pour subvenir A tout cela, et maintenir Vostre bon droict,

Agnès

En vérité Jamais je n'ay tant mérité Qu'il vous plaist me faire d'honneur; Mais je promets la foy, Monsieur, Que, tant que je vive, j'auray Mémoire de vous, et seray Preste à vous faire tout service.

Le Gentilhomme

Croyez que, s'il y a justice En ceste ville, ell' sera faicte.

Agnès Las ! c'est tout ce que je souhaite.

Le Gentilhomme

Et lors vous pourrez aisément Me donner le contentement.

Agnès

Monsieur, vous sçavez que je suis Preste à faire ce que je puis.

Julien

C'est bien à cest' heure qu'il fault

Se présenter à un assault,

Et, qui plus est, tost s'avancer.

L'Advocat Je voy bien que tu veux gosser 63,

Gosser. Monsieur? non fay, par dieu, Car moymesme je viens du lieu Où il y en a d'estonnez.

Le Gentilhomme

Si seront-ils désarçonnez, Tant Josse que l'Italien :

Car nous avons sceu le moyen Comment il fauldra désormais Nous y conduire.

Julien

Si jamais Il fut besoing d'entendement, Il en fault avoir maintenant Et ne se monstrer endormy.

LES ESBAHIS

L'ADVOCAT

Au besoin cognoist on l'amy.

Je vous pry', cousin, hastons-nous.

Le Gentilhomme

Nous n'avons que faire de vous En cest endroit : laissez-moy faire; Allez-vous en.

L'Advocat

Pour vous complaire, Je le feray; mais je vous prie.

En tant que vous aimez ma vie.

Le Gentilhomme

N'est-ce pas assez? Julien, Vien avec moy.

L'Italien Est arresté en vostre place, Et a desjà un long espace Débatu encontre Gérard.

Le Gentilhomme

Qu'il s'en torche le nez, sa part Est fricassée.

L'Advocat

Et les nouvelles De toutes ces belles querelles, Comment les sçauroy-je?

Julien

Point, point.

Je n'en laisseray pas un poinct.

JACQUES G RÉ Vf N

L'Advocat

Mais escoutez : sur toute chose De Madelon, je m'en repose Sur vous.

Le Gentilhomme

Voylà un amoureux !

Est si craintif et si doubteux, Qu'encore ne peult-il cognoistre Ce qu'il voit devant soy.

Julien

Mon maistre A si bien l'amoureuse rage, Qu'il ne croit Dieu que sur bon gage.

Allons, madame Agnès, allons.

Julien

Elle est du mestier, les talons Me le monstrent assez.

Agnès

Monsieur.

Je remets sur vous mon honneur.

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