‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 127 sur 311 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE DOCTEUR

Eh! Si c'était un client, je lui donnerais de resprr.lncc, je le tromperais: je ne puis pas me tromper moi-mtnîe...

bertrV.

Si tu voyais un médecin?

LE DOCTEUR

Tu es bête.

BERTRY.

Pourquoi pas?

LE DOCTEUR

On se moquerait de moi.

Je te dis cela, moi, n'est-ce pas...

LE DOCTEUR

C'est bon... As-tu trouvé un nouveau régisseur?

BERTRY.

Non.

LE DOCTEUR

Le bon docteur Richon est allé en voir un... Ça né te tenterait pas, toi, de te mettre à la tête de cette grande exploitation agricole?

BERTRY.

Moi?... Alors, tu crois que parce que j'ai été jadis industriel, je puis ra'improviser agriculteur, à mon âge?... Pourquoi n'y envoies-tu pas ton beau-flls, à EbreYilk?

LE DOCTEUR

Jean?

BERTRY.

Dame! les terres sont à lui... il est maladif, cela lui ferait du bien.

LE DOCTEUR

Rien du tout.

BERTRY.

Cependant...

LK DOCTEUR, très suférieur.

Allons! Allons! tu n'as pas la prétention do discuter avec moi, je suppose? Je crains bien que rien ne puisse désormais sauver Jean de sa mélancolie, ni le soustraire à sa prédestination.

BERTRY.

Pourquoi ?...

LE DOCTEUR

Lorsque j'ai épousé sa mère, il n'avf>it que deux ans et, tu t'en souviens, elle est morte peu de temps après notre mariage. J'ai donc élevé Jean, il a grandi sous mes yeux. Je sais de quel mal il est atteint.

BERTRY.

Lequel ?

LE DOCTEUR

Jean appartient à une famille où l'hypocondrie et le suicide sont héréditaires.

BERTRY.

On ne peut pas guérir de ça?

LE DOCTEUR

Si, mais c'est bien rare. J'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai voulu le distraire, le mettre au grand air ; je l'ai envoyé au collège en province, par acquit de conscience, et sans succès, naturellement. Lorsqu'il a eu vingt-cinq ans, lorsque sa situation lui a été révélée j'ai employé les grands moyens ; je l'ai fait voyager. Et il nous est revenu ici aussi sombre qu'avant son départ. Tu te rappelles bien... C'est au moment où il s'est amouraché de ta fille... {Après une réflexion.) En y réfléchissant, il y aurait là, en effet, une raison de l'éloigner.

BERTRY.

Oh! tu peux être tranquille... Jean est d'une timidité si grande que jamais il ne dira un mol à Lucienne sur ce

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